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16/08/2012 | Rukawa

Princess Tutu


Titre VO : プリンセスチュチュ
Studio : HAL Film Maker
Réalisateur : Jun'ichi Satô
Character-Design :  Ikuko Itô
Compositeur : Kaoru Wada
Diffusion au Japon : du 16 Août 2002 au 23 Mai 2003
Genre : Deconstruction de contes de fée
Licence Française :  Déclic Images
Nombres d'épisodes vus :  13 épisodes de 20 minutes + 26 de 10 minutes
Autres : un manga par Mizuo Shinonome

Il était une fois, c'est ainsi que commence toutes les histoires... Il était une fois un homme qui mourru sans achever son conte, le Prince et le Corbeau.

Cet homme, Drosselmeyer, laisse à un canard la charge de finir cet histoire. Il lui propose un marché : sauver le beau jeune prince triste, à l'air si mélancolique. Non seulement il donne une forme humaine à Ahiru, mais il lui donne aussi le pouvoir de se changer en Princesse Tutu, pour le sauver... En effet le Prince est sous le coup d'une malédiction qui a brisé son coeur en morceau.

Dépourvu de ce fait de son âme, Mytho n'est plus qu'une coquille vide attendant un jour, que quelqu'un vienne l'aider en retrouvant les morceaux du précieux organe... Mais attention, le canard ne devra en aucun cas avouer son amour pour le Prince Charmant, sous peine de disparaître...

La vérité est une petite chose timide, si tu l'approches, elle se cachera, la vérité est une petite chose solitaire, si tu t'en éloignes, elle te suivra

Ne vous fiez pas à son titre ridicule, Princess Tutu est l'un des 5 meilleurs anime que le Japon ait pu produire ces dix dernières années, et ces paroles ne sont en aucun cas à remettre en doute.

Si à première vue le concept ne paie pas de mine, l'ambiance enfantine fera place à l'épique au fur et à mesure que l'histoire avancera. Un premier acte rose bonbon qui laissera place à du chocolat noir, pourtant au goût pas si amer. Bien au contraire.

Commençons dans l'ordre des choses, c'est-à-dire la première partie : le Chapitre de l'œuf.
Bien que traité originalement, elle n'a rien de spectaculaire. Ceux qui soupçonnent le potentiel exceptionnel de Princess Tutu dès les premiers épisodes sont des hipsters mythomanes.

La série suit tout bonnement les recettes classiques des magical girls, ou plutôt mixe les deux types : celles qui affrontent des ennemis à la façon de Sailor Moon et celles qui doivent résoudre des problèmes comme Minky Momo.
En effet, ici notre héroïne n'affrontera pas vraiment des méchants ennemis, mais dansera avec. Tout est fait en délicatesse, plutôt que par des combats, et ces duels s'apparentent à des leçons morales. Ahiru, nôtre Princesse Tutu commencera donc toujours par proposer une danse à son adversaire corrompu par le fragment de cœur, qui acceptera l'invitation avec plaisir. Après une petite ronde, et un petit speech, l'envoûté cédera le fragment, convaincu par Ahiru que ce n'est pas ce qu'il désire réellement. Mytho récupérera ainsi petit à petit des émotions humaines : déception, solitude, tristesse, peur … glauque n'est-ce pas ?

Chaque fragment de cœur est donc détenu par une personne issue de l'imaginaire des contes de fée et du monde élargi de la musique classique, composé des ballets et des opéras. Choix qui nous favorise nous les occidentaux, bercés depuis notre tendre enfance par Charles Perrault, les frères Grimm, et même l'anti-moraliste Walt Disney. Il est donc aisé pour nous d'apercevoir les allusions à Hansel et Gretel par exemple. Et même si vous avez une culture générale proche du néant, un personnage de la série vous expliquera tout de même que telle scène lui fait penser étrangement à telle histoire.
Bref, le spectateur est suffisamment accompagné pour ne pas être trop laissé sur le carreau, afin qu'il puisse faire, de sa propre initiative, des recherches sur l'œuvre abordé dans l'épisode. Et en plus, presque tous les titres d'épisodes sont des titres d'opéra, certains d'entre vous apprendront ainsi que la Belle au bois dormant ou encore Cendrillon furent également des ballets avant d'être des Disney.

Évidemment la musique classique appartient aussi au champ lexical du ballet et de l'opéra. Le spectateur se rendra vite compte de l'une des influences majeure de la série, rien qu'à l'écoute de la bande son : c'est en effet les thèmes du Casse-Noisette, composé par le russe Piotr Ilitch Tchaikovski avec son morceau le plus reconnaissable La danse de la Fée Dragée (Dance of the Sugarplum Fairy en anglais). La seconde grande influence est le Lac des cygnes, également composé par Tchaikovski, bien que le personnage principal soit un vilain petit canard.

Petite remarque, habituellement, dans les séries comportant des henshin, celui-ci est accompagné d'un thème spécifique, ici ce n'est pas le cas, le morceau est déjà entamé quand Ahiru commence sa métamorphose en Princesse Tutu.

Mais Princess Tutu est ce genre de série dont il est difficile de discuter sans spoiler, surtout pour prouver à quel point elle est intelligemment construite. Passons donc au second acte, le Chapitre du poussin. Et oui, dans Princess Tutu, l'oeuf arrive avant la poule.

Les enfants qui aiment les histoires, approchez-vous...

Une lumière peut éclairer les ténèbres, mais sans les ténèbres, sa lueur ne peut être aperçue

C'est donc dans sa seconde partie que la série prend son envol : la collecte des fragments de cœur a eu pour conséquence de remettre en marche le conte maudit. On s'éloigne du modèle Card Captor Sakura pour défier le destin façon Shôjo Kakumei Utena.

L'un des rôles à prendre de l'importance est celui de Rue. La Princesse Krähe se rendra compte d'elle-même qu'obtenir l'amour du Prince Mytho de façon forcée n'est qu'une illusion ; et que, elle non plus, ce n'est pas ce qu'elle désirait réellement. Compréhensible, un amour illusoire et factice n'est pas très agréable à supporter après les premiers émois. Elle reprend ici le rôle de la sorcière qui envoûterait un prince charmant via un sortilège ou un élixir d'amour.

Après avoir retrouvé ses émotions, Mytho est corrompu par le sang du Corbeau. Ce dernier a besoin d'un cœur pur pour accomplir son dessein.
L'une des spécificités de la langue japonaise fait que le terme cœur en japonais peut se traduire de deux manières : kokoro, pour l'âme et shinzou, pour le cœur physique. Si dans la première partie c'est kokoro qui fut utilisé pour que les fragments, ce que le Corbeau souhaite pour se nourrir, est le cœur physique, shinzou.
Les épisodes du second acte suivent le déroulement suivant : Krähe essaiera de convaincre une innocente victime de donner sa vie au Prince et la Princesse Tutu interviendra pour la convaincre que ce n'est pas cela le véritable amour et ce qu'elle désire. On aborde ici une réflexion sur le prince charmant après le "et ils vécurent heureux" ou bien plus explicite en anglais "happy ever after".

Si le déroulement suit toujours les recettes des magical girls, il faut attendre les 5 derniers épisodes pour voir tout s'accélérer et les personnages se rebeller contre leur créateur. Les protagonistes ne sont plus des marionnettes et prennent ainsi conscience d'être dans un récit, et qu'ils peuvent être maîtres de leur destinée.

Ceux qui acceptent leur destinée trouveront le bonheur, ceux qui l'affrontent trouveront la gloire

S'il y a un parallèle à faire entre les couples Mytho x Rue, et Ahiru x Fakir, c'est bien en rapport avec cette citation d'Edel : "Ceux qui acceptent leur destinée trouveront le bonheur, ceux qui l'affrontent trouveront la gloire". A elle seule, cette citation explique tout l'esprit de la série.
En effet, le premier couple ne fera que réaliser ce qu'on voit habituellement dans les contes de fée : Le Prince doit épouser la Princesse qui a voué sa vie pour lui, le Prince doit affronter le Corbeau et libérer la Princesse. Tout est écrit à l'avance et rien ne doit dévier de l'histoire telle qu'elle a été prévue... Rien ? Ce n'est pas l'opinion de nos deux autres héros qui lutteront pour vaincre la fatalité.
Evidemement, dans l'historie originale, le Chevalier et la Princesse Tutu ayant tous deux des rôles où ils ne réussiront pas leur devoir, il est naturel de vouloir échapper à un destin tragique, de vouloir survivre. Cependant, loin de reprendre tel quel, ou au contraire de refuser d'assumer leur rôle, tout deux arriveront à transcender leur fonction initiale dans le conte. Certainement pas une coïncidence, les personnages de Mytho et Rue sont inspirés du Lac des Cygnes de Piotr Tchaikovski, alors que Ahiru est inspiré du Vilain Petit Canard composé par Sergey Prokofiev, tandis que Fakir viendrait de Lohengrim, le chevalier du cygne, de Richard Wagner.

Fakir réalise que le Chevalier déchu qu'il était dans sa vie antérieure, ne peut vaincre le Corbeau et sauver le Prince en restant un simple chevalier, décide de combattre avec ses propres armes. Pour ce qui est de la Princesse Tutu, ce qu'avait annoncé Drosselmeyer au début du récit revient sur le tapis : Elle n'est qu'un élément mineur du récit : si elle avoue son amour au prince, elle disparaîtra et si elle ne le fait pas, elle perdra le Prince ... Son rôle ingrat était connu depuis le tout début de l'histoire, Ahiru l'a accepté sans broncher.

C'est ce combat contre la providence qui en font une oeuvre exceptionnelle. Plus que la providence, c'est contre le narrateur que nos héros se battent pour mener leur propre histoire à terme, pour ne pas finir en tragédie.
Les derniers épisodes grimpent d'un cran, pour obtenir non pas un happy end pour tous, mais une fin satisfaisante pour le Prince : Ahiru sacrifiera ses illusions d'enfance et cessera de jouer à la Princesse et assumera sa vraie nature, elle est Ahiru, un simple canard.


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