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11/09/2017 | Rukawa

Naoki Kobayashi (2017)


Interview réalisée le jeudi 10 août 2017.

小林直樹 - Twitter

Naoki Kobayashi est un des jeunes animateurs les plus talentueux de la nouvelle génération. Né en 1989, il ne lui a fallut qu'une seule année pour passer d'intervalliste à animateur-clef sur la série NARUTO Shippûden. Si la série est décriée parfois pour son irrégularité, Naoki Kobayashi lui, a été là au bon moment, puisque que les meilleurs combats de la série lui doivent beaucoup, notamment le combat Kakashi contre Tobi, ou encore le Naruto contre Toneri sur la Lune dans le film The Last. Reconnu à sa juste valeur, il a été directeur de l'animation sur le film de BORUTO et sur les scènes d'action de Sword Art Online.
En lisant l'inteview, vous pourrez sentir un immense respect qu'il a pour Norio Matsumoto et Masashi Andô. Cela va de soit que dans la langue japonaise, chaque noms prononcés sont suivis d'un -san, bien que ce suffix soit absent ici.

 

Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir animateur ?
A la période où j'entrais au lycée, j'ai vu des films du studio Ghibli comme Mimi wo sumaseba et Mononoke Hime. Dès l'introduction de Mimi wo sumaseba, avec la vue panoramique qui descend sur la ville sur fond de Country Road, que ce soit la scène du train ou devant le conbini, ce sont des passages que l'on pourrait faire avec des images réelles mais ce qui en ressort est tellement merveilleux, que c'est quelque chose que les films en prises de vue réelles n'auraient pas pu retransmettre. On est happé par la série, et on se laisse porter par cette ambiance extraordinaire. Le travail effectué par Yoshifumi Kondô m'avait beaucoup impressionné, il y avait cette chaleur dans le mouvement.
Au lieu d'entrer dans une université normale, j'ai donc intégré une école d'animation grâce au conseil d'une connaissance. Je me suis dit que c'était la meilleure opportunité possible pour entrer au studio Ghibli, car cette école avait la réputation d'envoyer des animateurs chez eux : en effet, certains étudiants diplômés de cette école ont pu être embauchés par ce studio. Cependant, cela n'a pas été notre cas pour ce senpai et moi, nous ne sommes pas entrés chez Ghibli ; d'ailleurs, lui a arrêté de travailler dans l'animation.

Vous avez été fasciné par l'ambiance de Mimi wo sumaseba, mais aujourd'hui, vous êtes pourtant un animateur assez spécialisé dans les scènes d'action.
Le travail de Masashi Andô sur Mononoke Hime y est également pour beaucoup dans le fait que je m'intéresse à l'animation. Le dynamisme des scènes, le combat entre Ashitaka et le tatari-gami m'avaient impressionné. Mononokeest un film en 2D, pourtant les scènes sont proches de ce qu'on pourrait voir en prise de vue réelle, et c'est autant impressionnant alors que c'est de l'animation.
C'est Andô qui m'a fait passer l'examen pour travailler sur Kimi no na wa, et qui m'a donc permis de travailler sur ce film. Je n'ai jamais eu la chance de rencontrer Kondô, car j'étais encore un écolier au moment de son décès, mais le fait d'avoir rencontré Andô et travailler avec lui est l'un des plus grands accomplissements de ma carrière. J'ai énormément pris de plaisir à travailler sur "Kimi no na wa".

Comment êtes-vous entré au studio Pierrot ?
J'ai fini ma formation à une époque où il n'y avait pas beaucoup de studios qui recrutaient. J'ai finalement trouvé une offre au studio Khara, et je suis retourné chez moi à Okayama pour récupérer deux exemplaires de mon book. Je leur ai donc présenté ce livret de sketchs et ils m'ont proposé de venir chez eux pour étudier. Je suis resté là-bas 3 mois, j'ai pu reprendre les dessins de Takeshi Honda, où j'ai retracé le contour de ses lignes sur des dessins d'Evangelion. Ce travail était à la fois heureux et stressant, je me disais « C'est le dessin de Honda ! ». *rires*
Honda est un des animateurs que je respecte le plus.

J'ai ensuite rejoint le studio Pierrot de la même manière, en montrant les mêmes sketchs et j'ai travaillé sur NARUTO où Hiroyuki Yamashita m'a pris en charge. J'ai fait des douga pendant 2 mois, avant de passer animateur-clef sur la série NARUTO SD - Rock Lee no seishun Full Power ninden". Comme j'avais déjà appris les bases chez Khara, ils n'ont pas eu besoin de me laisser longtemps sur les douga.
En moins d'un an, je suis donc passé d'étudiant à animateur-clef.

Et deux ans plus tard, j'ai travaillé sur le film de BORUTO, grâce à un célèbre super animateur, Norio Matsumoto, où j'ai été directeur de l'animation à ses côtés sur le film de Yamashita. Il a demandé à ce que je m'occupe de la dernière partie du film après une discussion sur les scènes d'action de Captain America 2 Winter Soldier. Il a pensé que j'étais la personne la mieux qualifiée pour prendre en charge cette partie finale, je lui en suis reconnaissant.
Au début de la production du film BORUTO, je n'avais que 24 ans, et je ne travaillais sur NARUTO que depuis deux ans.
Sur la scène de fin du film, lorsque l'ennemie reçoit un Oodama Rasengan (l'Orbe tourbillonnante géante), dans la version d'origine Boruto lance l'attaque mais n'a pas de blessure. Je m'étais dit qu'il devait recevoir des blessures et en garder des traces parce que c'est une attaque très puissante.
Vous avez lu NARUTO ? dans le volume 19, où Kabuto se reçoit un Rasengan, à ce moment-là, Naruto reçoit également une blessure. En tant que fan, j'ai pensé à ce passage là et j'ai donc donné mon avis. Je sais que c'est un film pour enfants et qu'il ne faut pas montrer des blessures, mais j'ai proposé de laisser des brûlures. Comme j'étais occupé sur d'autres plans, j'ai laissé la conversation là où elle était, mais le réalisateur, dont c'était le premier film, a tenu compte sérieusement de mes conseils de mise en scène et de comment je voyais la chose. Même s'il n'a que 7 ans de plus que moi, on demande plutôt des conseils à des personnes plus âgés, pas à quelqu'un de 24 ans. *rires*
En regardant la fin du film, je me rends compte que Boruto n'a pas les brûlures, mais le bras bandé et que donc mon idée a été acceptée. Cela m'a rendu heureux.

Hiroyuki Yamashita vous a donc pris en charge au Studio Pierrot. Comme lui, vous n'hésitez pas à déformer les mouvements des personnages, au profit de la fluidité.
C'est l'influence que Norio Matsumoto a sur nous. Nous regardons sur YouTube des vidéos d'arts martiaux pour nous inspirer et trouver des bonnes idées à mettre en animation lors des scènes d'action. Certains mouvements sont excessifs pour coller au style anime, mais cela dépend aussi de la nature du design des personnages.
Je regarde aussi souvent des scènes de sport extrême, comme des cascades, des courses de vélos car ces athlètes ont souvent des mouvements qui sortent de l'ordinaire. Cela me sert de base pour les scènes d'action.

Je pensais que les animateurs s'inspiraient plutôt des films hongkongais de kung-fu.
*rires*
Evidemment j'en regarde aussi. Il m'arrive aussi de regarder sakugabooru, ce site recensant plein d'animations, pour voir comment d'autres animateurs appréhendent les scènes d'action. Cependant, j'essaie de faire des choses différentes, proposer ce qui se voit rarement. Dans NARUTO, il y a déjà des combats déjà dessinés dans l'oeuvre d'origine, et ce n'est pas vraiment ce qu'on peut voir dans les films d'art martiaux, c'est très différent. Cela sert de base, mais il faut adapter.
Souvent, pour les besoins de scènes de combat, on se filme avec nos téléphones. On a donc besoin d'être au moins 2. J'ai fait du judo dans ma jeunesse et j'ai aussi joué au football donc mon corps bouge plutôt bien. On n'hésite pas à se jeter par terre pour voir là où ça fait mal. *rires*
Au studio, on avait un animateur qui pratiquait du MMA, donc quand on avait besoin de dessiner un coup de pied puissant, il frappait dans un sac pour nous montrer ce qu'était un vrai coup de pied, et on s'en servait pour le mettre en dessin.

Il me semble que Yutaka Nakamura soit aussi une de vos influences, notamment au niveau des effets d'impact.
Oui, en effet, il m'a énormément influencé, c'est un animateur extraordinaire, j'ai toujours été impressionné par son travail mais je suis encore très loin de son niveau.
Mes autres influences sont Norio Matsumoto comme vous avez pu le remarquer et Hidetsugu Itô, qui a été directeur de l'animation sur Stranger mukou hadan. Il a également participé aux films de NARUTO.
Ces trois personnes m'ont énormément influencé sur ma vision des scènes d'action.
En plus de ces trois animateurs, j'admire également beaucoup Yoshifumi Kondô, Masashi Andô et Mitsuo Iso et Takeshi Honda.

Votre premier travail sur NARUTO Shippûden a été l'épisode 322. Vous aviez eu énormément de scènes de combat, alors que c'est la première fois que vous travailliez sur cette série. Ce n'est pas quelque chose de très commun de confier autant de combats à un jeune animateur.
La première scène d'action de Madara, n'est-ce pas ? En fait, j'avais déjà fait quelques scènes d'action sur NARUTO SD. Concernant cet épisode, il y a eu des problèmes de planning, et on manquait de staff. Je me suis donc retrouvé à faire plein de scènes de combats. Pour être honnête, je n'en suis pas très fier, je me dis que j'aurai pu mieux faire. *rires*
La chose positive, c'est que cette expérience m'a beaucoup appris. Lorsque j'ai fait cet épisode, j'ai été remarqué par Yamashita, et il m'a ensuite présenté à Matsumoto. Il m'a appris à l'ancienne, en me laissant être à côté et le regarder faire. C'est quelqu'un qui dessine extrêmement vite et qui a une approche du mouvement incroyable. Comme il savait que j'aimais beaucoup regarder les films d'animation, Matsumoto m'a ensuite mis en relation avec Andô, pour travailler sur Kimi no na wa.

Vous avez réalisé l'ending 32 de NARUTO Shippûden, que vous avez également animé en solo. Quel a été votre degré de liberté ?
C'était ma première fois à la réalisation. J'étais relativement libre de faire comme je voulais, vu que j'étais en charge de l'e-conte et des genga. Comme dit tout à l'heure, j'ai redessiné les scènes que j'avais mimé. Je m'étais d'ailleurs arraché un peu la peau du bras droit quand je m'étais jeté sur la moquette. *rires*
Même Matsumoto m'a félicité pour ce travail, cela m'a ravi.
Dans le dernier ending de la série TV, avant que ne commence la partie The Last, j'ai été directeur de l'animation dessus. La plupart des bons animateurs de la série ont travaillé dessus sur cet ending. Il y avait Hiroyuki Yamashita, Hirofumi Suzuki etc...

Il semblerait que Naoki Kobayashi considère que NARUTO Shippûden finit avec le combat entre Naruto et Sasuke, et donc les 20 derniers épisodes qui adaptent les romans et non le manga de Masashi Kishimoto comme étant une partie de The Last.

Du coup, quel effet cela fait de corriger ces senpai ?
*rires*
Non je n'ai jamais corrigé Yamashita. *rires*
C'est vrai que j'étais le directeur de l'animation dessus, mais ils ont tous dessiné du NARUTO avant moi, ils ont chacun leur style, mais je n'ai pas corrigé Yamashita. J'ai corrigé d'autres animateurs mais pas lui. Je n'ai pas eu beaucoup de travail à faire dessus. *rires*
Il manquait Tetsuya Nishio, le premier character-designer de la série, mais sur Hirofumi Suzuki, le second character-designer, j'ai juste faite une toute petite retouche.
J'étais heureux d'avoir eu ce poste, car c'était le dernier ending qui concluait la série. Il y a eu beaucoup de très bons animateurs qui ont travaillé sur NARUTO, et c'est moi qui a été désigné pour ce dernier ending alors que je n’étais là que depuis deux ans. C'était quelque chose de fort émotionnellement. Il y en avait même qui ont travaillé sur la série alors que j'étais encore collégien, c'était presque moi le plus jeune sur cet ending. *rires*

Une fois, il y avait un animateur qui faisait des photocopies de genga de l'OP 19 de NARUTO Shippûden, où Sasuke se bat contre des sortes de marionnettes. Bon, les copies ne sont pas censées circuler, normalement. Donc, il me les montre en disant que cela l'inspirait. En fait c'était une scène que j'avais dessinée. *rires*

Je suis content d'être considéré comme un bon animateur, mais cela m'embarrasse un peu d'être à côté des grands noms comme Matsumoto, car ce sont des animateurs avec plus de 15 ans de métier alors que moi, j'étais là que depuis 2 ans.

Votre premier boulot de directeur de l'animation a été sur the Last. Vous entrez dans le bain par la grande porte : vous êtes sur un film et non un épisode TV.
En 2013, cela ne faisait que 2 ans que j'étais animateur. Normalement, on utilise des animateurs plus expérimentés sur les films, les directeurs de l'animation ont toujours plus de 30 ans. Yamashita aussi n'était pas très vieux.

Quelle est votre scène la plus difficile à faire ?
Je dirais que c'est le combat de Naruto sur The Last. C'est le coup de poing rempli d'éclairs suivi d'une explosion.
Il y a aussi l'opening 16 de NARUTO, Silhouette, où Sasuke et Madara courent, j'ai dû faire plus de 200 dessins. C'est peut-être cette scène qui m'a permis de travailler sur The Last.

 

Vous n'avez pas encore participé à BORUTO TV, est-ce qu'une page est tournée ?
J'étais déjà devenu freelance à partir du film de BORUTO. J'avais quitté Pierrot pour avoir l'opportunité de travailler sur d'autres oeuvres comme Kizumonogatari ou Kimi no na wa.

BORUTO est diffusé en France ?

Oui, en simulcast et il sera diffusé à la TV à partir de septembre.
Eh bien, regardez BORUTO en septembre s'il vous plaît. Vous allez y prendre du plaisir. Je ne peux pas vous en dire plus. Il y a des animateurs exceptionnels qui y participent, ça va déménager.

Je soupçonne que cela soit l'épisode qui conclut l'arc de Sarada.
*rires* Vous verrez bien.
J'espère que vous apprécierez. Je devais faire 4 cuts à l'origine, mais au final j'en ai fait une dizaine. *rires*
Si vous faites attention, vous verrez que Winter Soldier et Ironman m'ont beaucoup influencé sur mon oeuvre. Je pense que ce que j'ai animé est du même niveau que le film de BORUTO, j'espère que vous apprécierez.

Et donc pour l'instant c'est le dernier épisode d'une série TV auquel je participe, à présent je suis occupé sur un film d'animation.

L'épisode en question a donc été diffusé le 6 septembre, c'est donc en effet l'épisode 23 de BORUTO, où il a animé le combat de Sakura contre Shin Uchiha.


Quel est le personnage de NARUTO que vous avez préféré animer ?
Je dirais le duo Sasuke et Naruto. J'aurai voulu plus animer Rock Lee car j'aime beaucoup les films de Bruce Lee et Jackie Chan, ils sont extraordinaires. Au début comme je n'avais pas beaucoup d'expérience, je me basais sur les films d'art martiaux pour m'inspirer, mais aujourd'hui j'ai appris à faire des scènes d'action différentes, qu'on n'a pas l'habitude de voir. Je ne regrette pas cette époque cependant.

Au final, qu'est-ce que vous retirez de votre expérience sur NARUTO ?
Pour l'article d'un mook, on m'a demandé ce que j'aimais dans NARUTO. Le volume 19 de NARUTO a été le premier que j'ai ouvert, dedans il y a Jiraya qui explique que, ce qui caractérise un ninja, c'est la persévérance et le refus d'abandonner, c'est ce message-là qui m'a plu. C'est ce que j'ai retenu de NARUTO et qui m'a servi dans la vie. Il y a des ninjas comme Orochimaru qui avait des capacités, et ceux comme Jiraya qui n'en avaient pas mais qui se battaient pour devenir meilleurs. A l'époque, je ne savais pas dessiner, je n’ai pas de don et NARUTO m'a aidé à apprendre et à progresser.

« Peu après la fin de l'oeuvre originale, je finis moi-même également mon travail sur NARUTO.
J'ai fais des genga pendant environ 3 ans, du début à la fin, j'ai été heureux de participer à NARUTO.
Vraiment merci beaucoup. Profitez des histoires restantes s'il vous plaît. »

 

Sur sakuga@wiki que vous êtes l'un des animateurs qui a le plus de scènes identifiées grâce aux précisions que vous donnez aux fans sur twitter. Est-ce important pour vous, cette reconnaissance des animateurs ?
En fait, ce n'est pas que pour ça. Mon objectif principal est d'utiliser les réseaux sociaux pour trouver du boulot. Il ne faut pas oublier que je suis freelance, donc il faut qu'on sache ce que j'ai déjà fait. En décrivant exactement les travaux que j'ai fait, quels cuts j'ai animé, mes employeurs peuvent savoir à qui ils ont affaire. C'est pour la même raison que j'ai indiqué mes coordonnées sur mon doujinshi. C'est un moyen pour que ceux qui tombent dessus mon tweet ou sur ma fiche sakuga@wiki se disent « Nous avons besoin d'un animateur, Naoki Kobayashi a fait ce passage intéressant, cet animateur semble correspondre à ce que nous cherchons ».
De nos jours, les réseaux sociaux sont très importants, on peut avoir des explications de la part des animateurs et certaines mettent même le processus de création d'une scène.

On peut d'ailleurs remarquer également que vous suivez quelques sakuga maniaques non japonais sur Twitter, malgré la barrière de la langue.
Je fais de mon mieux pour utiliser google trad et mes vieilles connaissances d'anglais. *rires*

Il y a pas mal d'animateurs français qui travaillent au Japon non ?

Le plus connu est Thomas Romain, qui fait des décors pour Satelight.
Thomas Romain, je connais. Par contre, je ne connais pas trop l'animation française.

En France, nous ne produisons pas beaucoup de séries TV de qualité, mais nous avons pas mal de très bons films.
Evidemment, les budgets sont meilleurs. Ici, sur les séries TV, les salaires ne sont pas très élevés, mais sur les films, ils font en sorte que même les intervallistes aient un salaire correct. Au niveau des emplois du temps, les japonais commencent à s'inspirer de ce qui se fait à l'étranger, sur Kimi no na wa, on travaillait en journée entre 9h et 18h.

Je m'intéresse aussi à l'animation 3D, je corresponds par mail avec un ancien animateur japonais de chez Pixar, il m'apprend quelques astuces. Peut-être que d'ici quelques années je travaillerais aussi avec des outils pour faire de l'animation 3D. Grâce à quelques contacts, j'ai pu visiter quelques studios d'animation 3D.

A la base je suis un animateur 2D, je n'aimerais ne pas être limité et être incapable faire une scène intéressante car elle demanderait de la 3D dessus. C'est un milieu qui demande d’être polyvalent donc, si je peux à la fois faire une scène en 2D et en 3D, je pourrais la gérer entièrement moi-même, je trouve cela important.

Personnellement, je suis un vieux con, donc l'animation 3D, j'ai un peu de mal.
Quand j'étais plus jeune, je ne connaissais que les Ghibli et Doraemon mais je vous comprends. Je n'étais pas trop fan des Disney à la base, mais à partir de Raiponce, le style est plus japonais, donc j'ai commencé à apprécier. Baymax aussi était extraordinaire. Cela m'intéresserait de travailler sur toutes ces nouvelles oeuvres.

J'ai quand même un peu peur pour les prochains Saint Seiya et le Mazinger Z en 3D...
*rires*
Pour moi 2D ou 3D, cela m'est un peu égal. Ce que j'apprécie par rapport à la 2D, c'est ce volume en plus. Par exemple, dans le court métrage Le festin, qui accompagne le film de Baymax, il y a ce chiot qui est illuminé par les rayons du soleil. Cette manière de faire est intéressante.

Bon après, au Japon, on n'a pas les mêmes budgets que chez Pixar et Disney, donc on ne peut pas forcément avoir les mêmes rendus. *rires*

Au Japon, il n'y a d'ailleurs que Sunrise qui anime encore les méchas de manière traditionnelle à la main...
Vous aimez bien Gundam ? A l'école d'animation, j'ai eu comme professeur Yorihisa Yoshida qui a été mecha-designer sur Zeta Gundam. Gundam ce n'était pas trop mon trip, les méchas que j'aimais, c'était plutôt Transformers. Je ne regardais pas vraiment les séries de robots ... Ah ! A l'époque, j'avais beaucoup aimé GaoGaiGar. Cela me fait penser, dans le film récent de Power Rangers, qui est pourtant une grosse production, je me demande pourquoi, le robot arrivait déjà tout assemblé. *rires*

J'ai beaucoup aimé Pacific Rim, il est extraordinaire. Ce n'est même pas un film japonais, mais il a beaucoup été inspiré par les méchas japonais.

Guillermo del Toro a avoué avoir être un gros fan de Mazinger Z.
Je vois. Les jeunes d'aujourd'hui ont bien de la chance de pouvoir voir des séries live avec des méchas alors que nous ne les avions qu'en anime. *rires*

J'imagine qu'à terme, vous aimeriez faire du character-design.
Hm... disons que si l'occasion se présente, cela m'intéresse. Mais je préfère dessiner des genga, mettre en scène le mouvement. Si on est character-designer, il va falloir être directeur de l'animation, et je n'aime pas spécialement corriger. Ce que j'aime dans ce travail, c'est animer.

Kôichi Tsunoda, un animateur aujourd'hui décédé, disait que les animateurs, c'étaient un peu des dieux : ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient de leurs personnages. Mais aujourd'hui les jeunes animateurs pensent avant tout à donner des poses classes à leurs personnages.
*rires*
Je pense avoir eu la chance d'avoir rencontré Norio Matsumoto, c'est lui qui m'a transmis l'amour de faire bouger les personnages. Il aime vraiment ça. Quand on est directeur de l'animation, on est restreint à corriger le travail des autres contrairement aux animateurs qui ont cette liberté de créer du mouvement, c'est ce que j'aime faire.

Récemment j'ai rencontré Toshiyuki Inoue et Hiroyuki Okiura, qui sont venus donner des conseils aux jeunes animateurs de chez Khara. J'avais déjà rencontré Okiura mais c’était la première fois pour Inoue. Ils sont très passionnés.

Quelle est la scène que vous avez animé dont vous êtes le plus fier ?
Plutôt que d'être fier d'une scène en particulier, je suis plutôt fier d'avoir travaillé sur une oeuvre comme The Last. J'y ai fait plusieurs scènes, et le public a trouvé cela bien animé. De même, je suis très fier d'avoir participé à Kimi no na wa car les gens ont trouvé que c'était un bon film d'animation, d'autant plus que moi-même, j'aime beaucoup les films d'animation.

Je me doutais que Kimi no na wa aurait eu du succès, mais pas autant. Je pense d'ailleurs que personne ne l'aurait imaginé.

Je pense que Kimi no na wa a autant marché, car c'est le premier film de Makoto Shinkai qui est un anime, et non un film d'auteur.
C'est peut-être aussi grâce au travail de Masashi Andô, il a été très important dessus. Au premier coup d'oeil, les connaisseurs peuvent reconnaître son style. Mais le film doit aussi son succès à la combinaison de plusieurs éléments : l'histoire, des personnages attachants, les couleurs etc... C'est une recette qui a pris. Cela a attiré les jeunes et les personnes âgées et aussi grâce au bouche-à-oreille.

Andô est très bon en ce qui concerne les expressions des visages.
Andô est quelqu'un qui a un très bon contrôle de ce qu'il fait. Il regarde énormément de films et s'intéresse au jeu des acteurs. Pendant qu'il travaillait sur Kimi no na wa, il regardait le DVD d'Interstellar. *rires*
C'est le film de Shinkai, mais Andô est très satisfait de son travail sur dessus, c'est la vision qu'il en avait de l'oeuvre, c'est très important pour lui.
Mettre en scène exactement ce qu'on a en tête n'est pas vraiment possible sur une série TV, on manque énormément de temps pour y réfléchir. Mais sur les films d'animation, il y a souvent plus de temps pour mieux travailler.

Avec le retour de Ghibli, j'imagine que vous aimeriez travailler sous les ordres de Hayao Miyazaki ?
Lorsque Ghibli a décidé d'arrêter des films, je me suis juste dit que c'était un studio avec qui je n'aurai jamais l'occasion de travailler. Maintenant, vu que Miyazaki semble être de retour, peut-être que j'aurai opportunité de travailler avec lui. J'ai entendu dire que des personnes autour de moi ont été contactées. Le monde de l'animation japonais est petit, donc on le saura assez vite.

Même si j'ai surtout fait des scènes d'action, ce que j'aimerais faire, ce sont des grands plans, des longs travelings comme le début de Mimi wo sumaseba, des scènes de vie quotidienne. L'animation peut aussi être efficace avec peu de mouvement, où tout est expliqué par le dessin.

 

NARUTO ©Masashi Kishimoto Scoot/Shueisha, TV Tokyo, Pierrot
NARUTO Shippûden ©Masashi Kishimoto Scoot/Shueisha, TV Tokyo, Pierrot
BORUTO ©Masashi Kishimoto Scoot/Shueisha, TV Tokyo, Pierrot
Kimi no na wa © 2016 "Kimi no Na wa." Production Committee

Interprète : Pierre Giner
Relecture & Correction :
coindetable


Commentaires

2017-09-25 22:58:48 | Zeer

Excellente interview qui nous permet d'en connaître plus sur ce talenteux personnage. Fait surprenant, Norio Matsumoto s'est chargé de lui léguer ses codes, pas étonnant qu'il en résulte des merveilles. Le coup de se filmer soi-même, interressant. Il est sur le point de réaliser son rêve d'enfant, c'est amplement mérité.

J'espère que vous aurez l'occasion d'en interviewer d'autres, faut dire qu'il y en a un bon paquet là-dedans ! (Chengxi Huang, peut-être ? :p)

Merci

2017-09-16 18:44:50 | Rukawa

Ah, ya 2 raisons :
à l'origine, le site à ses débuts ya 15 ans, était un site de news et de critiques, donc par habitude, nous utilisions les titres japonais et non internationaux ou FR car beaucoup de séries n'étaient pas acquies en France.
ensuite la seconde raison, l'audience du site est à 60% internationale.

Baymax, j'oublie toujours le titre anglais et français quand j'en parle, le designer du robot est japonais, c'est Shigeto Koyama.

2017-09-12 21:49:51 | West

Merci beaucoup de toutes ces précisions, javais cherché. Certains sont très connus donc pas de souci mais il est vrai que pour Mimi wo sumaseba, Baymax (d'ailleurs c'est une prod US, pourquoi le nom japonais ?) et Kimi no na wa (bien que j'ai vu le film en vost j'avais "Your Name" et j'ai pas calculé le nom en vo) j'ai google.

Bref c'est pas tellement un souci juste du pinaillage ^^.

2017-09-11 22:42:41 | Rukawa

alors

"Kimi no na wa", c'est "Your name.".
"Mononoke Hime", c'est "Princesse Mononoké".
"Mimi wo sumaseba", c'est "Si tu tends l'oreille"
"Baymax", c'est "Les Nouveaux Héros"
"Saint Seiya", c'est "Les chevaliers du Zodiaque"
Naruto et Boruto reste inchangés, de même que Doraemon, Zeta Gundam et Mazinger Z.
Yuusha Ou GaoGaiGar également car l'oeuvre est inédite en France.

2017-09-11 20:37:00 | West

Salut,

Super interview, ça fait plaisir de lire ce genre d'article.

Petite demande, serait il possible d'avoir les titres fr ou tout du moins internationaux des oeuvres car j'ai du en google pas mal afin de retrouver desquelles il s'agissait.

Merci d'avance,

Bon courage.

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