Makoto Yukimura (Angoulême 2010) - Interviews - Manganimation.net, Manga Anime, news & reviews
Network
     

↓

22/11/2015 | Rukawa

Makoto Yukimura (Angoulême 2010)


Makoto Yukimura fut présent au 37e Festival International de la Bande dessinée d'Angoulême 2010, qui eu lieu du 28 au 31 janvier. Il y a eu trois rencontres.

La première partie est la transcription d'une conférence avec Jean-David Morvan. Je n'ai pas transcrit toutes les déclarations.
La seconde partie est constituée des questions de fans qui ont été posées lors de sa master class, et lors de la séance de questions/réponses ouverte au public.

Ancien assistant de Shin Morimura sur Kangaeru Inu alors qu'il avait 20 ans, Makoto Yukimura (twitter) commence sa carrière de mangaka avec PLANETES, publié mensuellement pendant 5 ans dans l'Afternoon chez Kôdansha. PLANETES est publié chez Panini Comics.
En 2010, il commence Vinland Saga, un des meilleurs manga que l'on puisse lire, publié en France chez Kurokawa.
Ses principales influences sont les auteurs Hisashi Sakaguchi (Ishi no Hana, Akkanbe Ikkyuu, VERSION) et Tetsuo Hara (Hokuto no Ken, Hana no Kenji).

En lisant cette transcription très peu aérée, vous comprendrez que le mangaka gaucher est quelqu'un qui aime pratiquer l'auto-dérision et l'ironie. Yukimura se vante d'être lent, rendons lui hommage en étant lent à publier, avec 5 ans de retard.

Makoto Yukimura

Pourquoi un tel intérêt pour l'Europe et les Vikings spécifiquement ?
Je pense être actuellement le seul dessinateur au Japon à dessiner sur le thème des vikings.
J'ai décidé de faire ce manga dans l'univers des vikings, parce qu'il me fallait, pour les thèmes que je voulais aborder, une société extrêmement violente. Je voulais dépeindre la manière dont un héros refusant la violence pouvait s'en sortir dans ce genre de société. Évidemment, je pouvais choisir la société japonaise et son histoire jalonnée de ces guerres et massacres, mais nous avons déjà des centaines de manga se déroulant dans le Japon médiéval. Je souhaitais faire quelque chose d'original.

[Jean-David Morvan parle de son oeuvre Sillage]

 

Votre style de dessin est extrêmement réaliste et détaillé, mais parfois, il y a une apparition d'un élément décalé. En France on utilise ce procédé pour faire de la dérision, ici c'est mélangé. Quelle est l'impression recherchée quand on mélange ces différents styles graphiques ?
Cette question est amusante, car je n'ai jamais pensé dessiner de manière réaliste. Je dessine plutôt comme je le sens. Effectivement, le style peut parfois différer selon que le ton soit sérieux ou humoristique. Si j'utilise ces petits passages humoristiques, c'est simple, c'est comme quand on est à l'école. Lorsqu'on écoute le prof, au bout de plusieurs heures, la concentration se relâche forcement pour un enfant. Comme le manga que je dessine comporte beaucoup de tensions, je souhaite conserver l'attention du lecteur. Alors j'insère quelques petites plages de détentes entre deux passages très tendus, justement pour qu'on puisse souffler un peu.

C'est donc une question de rythme de lecture ?
Oui, en effet. Mon histoire est encore loin de s'achever, j'espère continuer de dessiner encore longtemps cette oeuvre. Comme je sais où elle va, il ne faut pas presser le lecteur, et il faut donner l'impression que la lecture soit homogène et agréable durant toute la durée du récit.

Il y a 8 volumes sortis au Japon, soit environ 1600 pages, quel est l'objectif à atteindre ?
Oui, il y en a à peu près ce chiffre. Je ne sais pas, il se peut que j'atteigne 30 volumes, soit … 6000 pages ! *rire*
Si je commence à réfléchir au nombre de volume, je vais être fatigué comme un marathonien qui compte ses kilomètres. Je préfère ne pas y penser et me consacrer au moment présent.

L'une des spécificités de la BD japonaise, c'est que l'auteur ne sait pas combien il fera de volume. Comment développez-vous le scénario quand on n'en connait pas la longueur ? Est-ce qu'on a un début, un milieu, une fin et rien entre, ou bien une liberté totale d'inspiration ?
Tout dépend des auteurs. Au Japon, il y a des auteurs qui savent déjà ce qu'ils vont faire, et pour d'autres, c'est fixé par les éditeurs.
Pour ma part, je suis un marathonien qui ne sait même pas s'il ira jusqu'au bout. Je vais donc courir autant que je le peux le faire. Je profite tant que je peux. *rire*
Il faut savoir que l'industrie du manga au Japon est très difficile, on ne sait jamais si on va pouvoir finir ou pas. Il suffit que la popularité d'un titre baisse pour voir sa série stoppée.
Énormément d'auteurs visent des petits succès immédiats pour être sûr que leur série va avoir du succès sur un minimum de temps. Cela peut se sentir dans l'impression générale de l'histoire, quand on la relit d'un seul trait.

La grosse différence entre la BD et le manga c'est que l'on raconte une histoire avec des personnages, alors que dans le manga, ce sont plutôt des personnages qui sont dans une histoire. C'est relativement différent au niveau structurel.
Je suis très étonné de la pertinence avec laquelle vous parlez des manga et vous avez parfaitement raison : dans un manga, le but est de créer des personnages assortis à l'histoire, et le plus charismatique possible. C'est à partir d'eux que se met au point une histoire qui les mettront en avant. C'est la manière principale de réaliser un manga.
Moi justement, je ne fonctionne pas du tout comme ça, c'est pour ça que je suis un mangaka ringard *rire*.
Pour moi, tout simplement ce qui compte c'est l'histoire : même s'il doit arriver à mes personnages des choses pas très classe, je donne priorité à l'histoire avant tout.
D'une manière générale, cette manière de fonctionner pose un problème. Les personnages classes font forcement tous partis d'un archétype. Si on veut créer absolument un personnage avec énormément de charisme, on va se tourner vers les stéréotypes facilement absorbables par tout le monde.
Je tiens à répéter que je suis très impressionné de la pertinence de votre commentaire.

Justement, votre héros Thorfinn n'est pas dans les stéréotypes. Il a un ennemi qu'il doit tuer mais qu'il protégera toute sa vie, jusqu'à ce qu'il soit capable de le tuer. C'est vachement intéressant psychologiquement.
Merci beaucoup (en français dans le texte) *rire*
C'est vraiment très gentil à vous, j'en suis tout retourné ! *rire*
Je vais vous parler un peu de mon héros : il s'agit d'un jeune garçon dont le père est assassiné par des méchants pirates. Cela le traumatise et il grandit en devenant extrêmement irascible et susceptible, sans aucune notion des interactions sociales, et est contrarié par la moindre chose. C'est un personnage assez particulier.
Il est assez représentatif du passage de l'adolescence où les garçons n'aiment pas trop qu'on les complimente, mais qui admirent les personnes puissantes et sont fascinés par la force. Je pense que mon personnage représente tout cela. Moi aussi, en étant adolescent, j'ai fait mes propres bêtises, et je pense que cela fait partie d'un état d'esprit très humain.
Je suis quelqu'un de très fasciné quand il s'agit de voir des enfants évoluer et devenir adulte. La croissance spirituelle est quelque chose qui m'intéresse beaucoup, j'aime bien le dépeindre.
Si vous lisez mon manga, vous verrez le personnage évoluer, et il évoluera encore. C'est quelque chose que j'essaye de dépeindre du mieux que je peux. En ce sens, cela reste un adolescent qui devient un adulte, qui passe de l'enfance à l'âge adulte.
Si vous me permettez de dire du bien du manga, la chance de notre industrie c'est qu'elle permet de raconter des histoires très longues, ce qui est mon cas par exemple. Je pense qu'avoir un maximum de temps sur un grand nombre de volume permet de faire évoluer son personnage dans les moindres détails. Croyez bien que je vais faire de mon mieux pour que les jeunes du monde entier puissent se retrouver dans mes personnages.

[Morvan reparle de son oeuvre et des influences manga qu'il a mise dedans et comment, 10 ans après Dragon Ball & Albator, il a redécouvert les manga en allant au Japon]

 

C'est la première fois que je viens à Angoulême, je m'excuse de ne pas vous connaître, ainsi que plein d'autres auteurs célèbres venus ici. Je suis en train de prendre conscience à quel point le festival est incroyable, à chaque coin de rue, je me prends des chocs artistiques, il y a des dessins partout ! Un événement de ce genre n'existe pas au Japon. Il y a tellement de choses qu'on ne voit pas au Japon, il y a tellement de dessinateur japonais qui devrait sortir du Japon visiter le monde entier, pour remettre en cause leur perspective. Je pense que j'ai beaucoup appris en venant ici, c'est une expérience formidable, et j'espère que nous nous rapprocheront d'avantage.

[Morvan parle de la diversité de BD qu'on peut trouver en France contrairement aux USA ou en Corée par exemple, où il n'y a pas cette ouverture-là]

 

Comme vous le savez, il y a 1000 ans, vers 800, un viking nommé Rollon s'est emparé de la Normandie. Ce viking est arrivé en conquérant en Normandie, il s'est accommodé de ce pays,a pris une épouse française, a appris le français de l'époque, et finalement il a beau avoir posséder la Normandie, finalement c'est la France qui a pris possession de lui. Je pense que la puissance de la France, c'est de pouvoir absorber et assimiler toutes les cultures. Je suis très content que des français comme vous viennent à Tôkyô, je pense malgré tout que la fusion parfaite c'est en France qu'elle se fera, car vous êtes un pays très accueillant qui prend le meilleur de ce qu'on lui propose. Je pense être tombé amoureux d'Angoulême. Je pense être à moitié français maintenant. *rire*

Bonjour, merci beaucoup. (en français dans le texte)

 

Minute Confiture :
Hrólfr, de son vrai nom, sera nommé Duc de Normandie par le Roi de Francie Occidentale Charles III le Gros en l'an 891 afin d'arrêter ses autres compatriotes pillards dès l'embouchure de la Seine. Il aurait d'ailleurs lui-même participé au quatrième raid viking de Paris en 885 en tant que chef de bataillon (à ne pas confondre avec le pillage de Paris de 845 par le légendaire Ragnarr Loðbrók et sa grande armée de 5000 vikings). Certaines sources le mentionnent comme étant un Dane, d'autres comme le fils de Rögnvaldr Eysteinsson le Sage, jarl de Møre dans l'actuel Vestlandet en Norvège. Bien qu'il soit baptisé chrétien sous le nom de Robert, dans les faits, il demeurera un Norse dans l'âme et  considérait son titre comme étant celui de « jarl de Rouen », et aurait continué des sacrifices païens. Fils d'une concubine  franque et chrétienne ayant été enlevée lors d'un pillage, leurs fils Vilhjálmr baptisé Guillaume sera en revanche plus pieu et une révolte de Norses aura lieu sous son règne, le considérant trop francisé. Son arrière-petit-fils, Guillaume II le Bâtard, sera la dernière personne à réussir une invasion de l'Angleterre, 30 ans après Knud II le Grand, notre Prince Knut du manga.

[Morvan explique les différences entre BD & Manga, notamment que les japonais pensent que la BD c'est plus un artbook que des histoires].

 

Cela vous intéresserait de faire de la bande dessiné en couleur, tel que sont les formats européens ?
Évidemment, dessiner tout en couleur est quelque chose que j'aimerais faire.
Mais pour ma part, je suis réputé au Japon pour ma propension à dessiner très lentement. Je n'aime pas qu'on me presse, je suis quelqu'un qui aime prendre mon temps pour donner le meilleur de moi-même sur chaque planche. Vous savez, sur Vinland Saga, au début je devais dessiner 80 pages par mois. Ils se sont vite rendus compte que cela ne collait pas à mes capacités. En accord avec l'éditeur, nous avons décidé de changer de la périodicité de mon histoire. Ma portion de travail s'est réduite de moitié et cela me permet de dessiner moins de planche par mois mais du coup, je me concentre un maximum sur le dessin et c'est pour cela que mon manga devient de plus en plus détaillé avec l'avancée de l'histoire.
Ce qui me fascine dans la bande dessinée ici, quand je regarde les divers planches exposées, c'est que les dessinateurs y mettent de l'amour, ils prennent le temps de dessiner chaque détail. C'est très important ici, alors que nous au Japon, nous ne prenons pas ce temps à cause du système de production. J'ai deux assistants qui travaillent avec moi sur Vinland Saga. Nous sommes trois dans la pièce et c'est un peu l'usine. Finalement, nous ne sommes pas dans un univers artistique contrairement à vous.

C'est vrai qu'en France, parfois entre 2 cases, nous allons à la piscine ou au cinéma, nous partons en vacances etc... C'est pour ça qu'on est un peu "lent". Mais lent pour un japonais c'est rapide pour un français.
Cela me fait très plaisir qu'en France on pense que je suis un rapide. *rire*
Je pense que c'est ainsi que les japonais devraient travailler. Mettre de l'amour dans mon oeuvre, ce n'est pas empêcher de ne pas jouer de mes deux fils, bien au contraire, je prends le temps de m'occuper d'eux, leur faire prendre le bain et manger. Pour moi c'est ça la vie, pouvoir dessiner sans sacrifier les à-côtés. De ce point de vue, nombre de dessinateur japonais ont besoin d'apprendre beaucoup des français.

En même temps, quand on voit les planches de PLANETES ou de Vinland Saga, on ne peut pas dire qu'il n'y a pas d'ambition artistique derrière, même si les contraintes industrielles sont fortes. Malgré cela, il y a quelque chose derrière.
Merci beaucoup (en français dans le texte)
Vous savez, je serai du genre à me faire virer au Japon, car je suis du genre à faire du manga tout en allant au parc d'attraction ou à la piscine. *rire*

PLANETES était de la science-fiction d'anticipation assez philosophique. Cela a été un gros saut de passer à PLANETES à Vinland Saga.
J'aime les deux univers évidemment.
Bien sûr, je dessine des univers qui me conviennent. Je ne choisis pas les univers que je veux dessiner, je choisis d'abord le thème, puis ensuite le décor qui mettra le mieux en avant l'histoire que je souhaite raconter.

Entre PLANETES et Vinland Saga, il y a une thématique commune, c'est le vide, un manque symbolisé par l'espace dans PLANETES et la neige dans Vinland Saga. Il manque quelque chose à tous les personnages, mais ils ne veulent pas forcément le récupérer, ils ont d'autres préoccupations.
Effectivement, comme vous le savez peut être, le Japon puise ses racines dans une base bouddhiste. Dans le bouddhisme, il y a ce non-déni de la tristesse. Beaucoup de choses sont tristes comme l'évanescence de l'existence. Cette appréhension du néant, cette fugacité de toutes choses est quelque chose que j'essaye de transmettre.
Au Japon, ce bouddhisme nous fait prendre conscience que rien n'est immuable : tout est éphémère et aucune chose ne change pas au cours du temps. C'est cette conscience, qu'on vit au quotidien, qui influence notre manière de vivre.
C'est mon opinion personnelle, mais si on essaye d'occulter les choses tristes et malheureuses, on sera encore plus tristes et malheureux une fois qu'elles deviennent inévitables. Je pense qu'il faut l'accepter. Par exemple, moi je déteste la violence, et je dessine un manga très violent, car il faut bien montrer qu'elle existe aussi.

Sketch de Ylfa par Makoto YukimuraSketch de Ylva par Makoto Yukimura.
Il a mis plus de 5 minutes pour le faire. Sur la moitié de la couverture intérieur de mon tome.

Il sort au Japon en ce moment un manga spin off basé sur la vie de la sœur de Thorfinn, Ylva. Est-ce qu'on aura bientôt cette histoire en France aussi ?
Effectivement, Ylva est un personnage qui a beaucoup plu au public. La jeune fille est une viking, donc elle est très forte et possède un caractère bien trempé. Elle sait toujours ce qu'elle veut. Je dois avouer que j'aime bien ce genre de fille.
*réfléchit*
Ylva a tellement plu à un de mes amis mangaka, qu'il a voulu faire une parodie de Vinland Saga, ce n'est pas du tout un manga sérieux. Il y a beaucoup de blagues qui font références à la politique, à des évènement au Japon. C'est malheureusement culturellement très japonais, je pense que ce titre sera très difficilement traduisible et apprécié par un public qui n'est pas japonais.
Au Japon dans les manga, on tourne la page de droite à gauche alors que vous, c'est de gauche à droite, cela m'a toujours interpellé. En japonais, on écrit de haut en bas, comme on écrit verticalement de haut en bas, et de droite à gauche, c'est pour cela qu'on tourne les pages dans l'autre sens. Et pourtant en japonais, on peut également écrire de gauche vers la droite horizontalement. Pour tourner la page, on tournerait de façon occidentale. Est-ce que vous trouvez difficile de lire des pages qui se tournent à l'envers ?

Non.

*rires du public*

Dans ce cas-là, nous les mangaka, on ne change rien alors ! *rire*

Mais vous pouvez aussi venir en Europe et faire comme nous !
Évidemment. Cela ne me dérangerait pas de venir chez vous. Je me suis déjà préparé, je me rends compte que pour les traducteurs, c'est difficile de traduire un manga car nous écrivons de haut en bas, on se retrouve avec des bulles très fines étirés en longueur. Et quand je regarde une BD occidentale, c'est rond et plein de mots se suivent. C'est en pensant aux lecteurs du monde entier que je fais des bulles bien rondes.

*applaudissements du public*

Je compte bien continuer à faire des bulles homogènes que l'on puisse écrire de haut en bas ou de gauche à droite.

Ce qu'on fait nous, c'est de ne pas faire de bulles du tout, comme ça on peut s'adapter et changer la forme de la bulle. Les dessinateurs n'aiment pas trop car il faut dessiner en plus.
*rire*
Vous êtes quelqu'un qui comprend bien les dessinateurs. Je vis plus souvent avec des dessinateurs qu'avec ma femme.

*rires du public*

Je n'ai rien à rajouter. *rire*

 

Master Class de Makoto Yukimura
Le mangaka qui se vante d'être lent, nous explique ici comment dessiner la vitesse.

 

Questions du public :

Comment élaborez-vous votre scénario ?
C'est mon plus grand secret. Évidemment, je vais vous le révéler.
La première chose que j'ai faite, c'était faire de nombreuses recherches sur les vikings, quitte à devenir le japonais le plus calé sur la question. J'ai visité leurs pays d'origines et j'ai lu des livres.
Une fois que j'ai la connaissance nécessaire sur les vikings, les images de ce que je voulais illustrer me sont venus naturellement, avec le quotidien de ces hommes que je connaissais de plus en plus. Plus je faisais de recherches, plus j'avais des idées. Et quand je n'avais plus d'idée, je continuais simplement à refaire des recherches, jusqu'à ce que cela m'évoque de nouvelles idées.
Au fur et à mesure que l'on étudie les vikings, on commence à se poser des questions, à penser que cela serait intéressant qu'il apparaisse un viking comme ceci ou cela dans l'histoire.
Voilà, c'est ainsi que l'on construit une histoire et son déroulement.
Évidemment, s'imaginer ces individus, voyager et aller sur des continents lointains et y déclencher de grandes batailles peut suffire pour émoustiller notre imagination, n'est-ce pas ? A partir de là se pose un problème, il faut rendre l'histoire intéressante pour que les gens aient envie de la lire. C'est à cet instant précis où l'on passe à la mise en dessin de ce qu'on a à l'esprit, où on doit tout risquer pour ne pas décevoir. C'est cet intervalle très bref et toujours très délicat que j'aimerais que l'on m'apprenne à faire de manière beaucoup plus aisée.
Je suis désolé de ne pas vous en apprendre plus, car moi-même, c'est un passage où j'ai du mal.

Combien de temps en moyenne cela vous prends pour faire une planche ?
*longue réflexion*
Combien de temps je mets pour dessiner une planche, hum ?
*longue réflexion*
En comptant toutes les étapes, je dirais bien entre 7 à 8 heures.
Il faut que je fasse un effort pour aller plus vite, sinon mes livres ne sortiront jamais.

*rires du public*

Alors, je voudrais revenir sur ce que je disais précédemment, en fait je ne suis pas paresseux, ce sont les autres mangaka qui travaillent trop !

*rires du public*

Ils n'ont pas le temps de se reposer, de s'amuser, ils travaillent vraiment beaucoup. C'est à cause de cela que j'ai l'impression d'être lent ! *rire*
Pour commencer, je numérote les pages. Celle-ci est la numéro 1.
Il numérote ensuite 2, 3, 4 ... puis soupire.

*rires du public*

Et ensuite, je fais ceci environ pendant 3 jours.
Il trace des traits à la règle et soupire à nouveau.

*rires du public*

Et je fais ça tout le temps.

*rires du public*

Combien avez-vous d'assistant et sont-ils spécialisés ?
J'ai deux assistants. Ils réalisent la totalité des trames, moi je dessine surtout les personnages.

Sur cette page, je n'ai pas fait grand-chose, j'ai laissé travailler les assistants car les bateaux, c'est chiant à faire

*rire du public*

Ils ont fait ça sur leur temps de travail, ils gèrent leur temps eux même pour rendre ce bateau magnifique.
Mes assistants sont très compétents.

Sur une image comme celle-ci c'est moi qui ai fait la grande majorité des détails.

Sur la seconde case, vous voyez, le personnage est grisé. Pour obtenir cet effet grisé, on utilise un matériel pour faire des trames et ce sont les assistants qui sont chargés de l'appliquer sur le dessin.

Sur cette page, j'ai dessiné le petit garçon et son père qui est au fond. Je suis doué, n'est-ce pas ?
Tout le reste, c'est le staff.

*rires du public*

Je suis un sacré flemmard, n'est-ce pas ?

*rires du public*

Il faudrait qu'un jour que je dessine tout moi-même. C'est mon genre de laisser tous les trucs chiants à mes assistants.
Vu que je suis quelqu'un qui prend son temps, mes assistants aussi sont devenus pas très rapides *rire*
Mon maître s'appelle Shin Morimura. J'ai participé à Kangaeru Inu. Thinking Dog. C'est un titre très étrange. C'est grâce à cette oeuvre que j'ai tout appris en tant qu'auteur de manga.
Être assistant a été une période très importante de ma vie car à cette époque j'étais un enfant à peine capable de différencier sa main droite de sa gauche. Il m'a formé et m'a mis sur la voie du manga. Il m'a appris beaucoup de valeurs, et ce sont ces valeurs que j'essaye à mon tour d'inculquer à mes assistants.

A propos des trames, si elles sont mal posées, peut-on les enlever, ou est-ce que la planche est irrémédiablement perdue ?
On peut l'enlever facilement. Tout simplement parce qu'il s'agit de petits points qui se collent sur la planche. Il suffit de gratter et on peut l'enlever.

Vous utilisez un crayon spécial pour dessiner ?
Oui, j'utilise ce crayon, qui doit valoir à peu près 1 €.

*rires du public*

Et celui-ci, 1,5€.
Et la gomme moins d'1€.
Et la plume 10 centimes.
Le porteplume 3 €.
L'équerre 4€.
L'effaceur 2€.
Au Japon, le matériel ne coûte pas cher. La denrée rare, c'est le temps.

A quel âge avez-vous réalisé votre premier manga ?
En tant que pro, c'était à 22 ans. Maintenant j'en ai 30. Avant cela je n'en avais jamais fait auparavant. Parce que je suis flemmard.

*rires du public*

Comment présente-t-on un projet quand on est mangaka ? Est-ce le mangaka qui le soutient aux éditeurs ou bien les maisons d'édition ?
C'est une question très réaliste.
*réfléchit*
Lorsque l'on veut être publié au Japon, il faut commencer par dessiner soi-même un manuscrit de l'oeuvre que l'on doit présenter au magazine. Ensuite, lorsque l'oeuvre est jugée recevable par la rédaction du magazine, nous sommes enregistrés pour participer à la compétition.
Une commission composée de plusieurs spécialistes du manga va examiner les oeuvres qui leurs sont soumises et détermine quelles sont les oeuvres de qualité. A partir du moment où l'on est choisi pour continuer, on pourrait dire que le plus dur est fait, mais en fait non, c'est là que les difficultés commencent réellement.
J'ai beaucoup d'amis proches qui ne sont pas parvenus à dépasser le stade de la publication et qui sont encore restés bloqués à cette étape. Que peuvent-ils faire...
Au Japon, la compétition est très rude pour devenir mangaka, beaucoup de dessinateurs s'entretuent pour être publié. Pour ma part, j'ai eu beaucoup de chance, je n'ai pas eu à concourir, j'ai été publié sans me battre. *rire*
Je me suis pointé à la rédaction et j'ai demandé à voir quelqu'un pour lui demander si j'avais le niveau pour être mangaka. J'ai rencontré mon tantou qui est quelqu'un de pondérée, il m'a demandé de dessiner une histoire légère. Je l'ai faite et il m'a dit c'était bon et puis m'a demandé s'il pouvait la publier. J'avais refusé évidemment car c'était fait à la légère mais heureusement, il a osé le faire. Et c'est ainsi que j'ai été publié dans un magazine. Je ne pourrais pas expliquer pourquoi je l'ai été. J'ai eu de la chance, ils devaient avoir un trou dans leur magazine pour prendre un type comme moi pour combler des pages blanches.

Au sujet de son tantou, son conseiller éditorial, Makoto Yukimara le qualifie de “iikagen na hito”, iikagen peut signifier irresponsable/vague/modéré/négligé/bâclé. Pendant la conférence, Gregoire Hellot avait traduit par “une personne pas austère, pas rigide”. Yukimura bien qu'étant un des rares japonais à faire de l'humour ironique, et vu le contexte et la suite de la réponse, c'est possible, mais dans le doute, plutôt que de transcrire par “personne irresponsable”, j'ai préféré mettre “une personne pondérée”.

Y-a-il des maisons d'édition où vous aviez eu envie d'être publié plus que d'autres ?
Je pense que tout le monde veut être publié dans le Shônen Jump, c'est certainement le roi des éditeurs au Japon, être publié dans ce magazine est une source de fierté. Malheureusement pour être publié là-bas, c'est très difficile : il faut être bon rapidement, être rapidement populaire, dessiner vite et à un rythme intense. C'est effrayant pour moi.

Au Japon, est-on obligé d'être publié dans un magazine pour sortir un manga ? Existe-t-il d'autres passerelles ?
Il y en a. C'est rare, mais il arrive de temps en temps que des manga sortent directement en tankoubon. Mais de mon expérience, sortir en tome relié après avoir été prépublié, c'est un peu comme une récompense pour être devenu populaire.

Combien de temps de préparation a-t-il fallu pour préparer Vinland Saga ?
Je crois que j'ai mis environ un an. J'ai toutefois été publié un an et demi après. En fait, j'avais commencé à faire mes recherches sur le sujet un an avant et puis les 6 mois suivants, j'ai dessiné des planches pour prendre de l'avance. Comme pendant cette année, je n'avais pas de compte à rendre, c'était le bonheur *rire*

Quand vous commencez une oeuvre, avez-vous une idée précise de combien de temps cela va durer ?
En général, on a une vision approximative de combien de tome on vise pour terminer correctement l'histoire. Pour Vinland Saga, actuellement, je dirai 25 tomes. Quand je pense à ce chiffre ça me déprime, car il faut dessiner 25 volumes. *rire*
Je ferai de mon mieux.

Selon vous, que faut-il dans un manga pour qu'il soit bien et qu'il ait du succès au Japon ?
Des filles mignonnes.

*rires du public*

*réfléchis*
Des mascottes.
*réfléchis*
Plus il y a de filles mignonnes, mieux c'est. Il faut que les dessins soit biens, plus vous dessinez bien, mieux votre manga sera apprécié des lecteurs.
Montrant cette planche exclusive à l'époque.
En fait vous faites tout le contraire de moi et votre manga sera populaire.

Il fallait faire un manga sur les Amazones alors.
Il tape des mains.
Voilà, j'ai décidé de ma prochaine oeuvre.

*rires du public*

Vinland Saga a changé de magazine de prépublication, le premier était plutôt destiné à un public d'adolescent, et l'actuel est plutôt pour les jeunes adultes. Pourquoi avoir changé ? Cela a-t-il changé votre manière de créer l'histoire ?
Vous êtes bien renseigné, impressionnant.
Non l'histoire n'a pas changé, j'avais toujours en tête le même scénario. Ce qui a changé, c'est qu'à partir du moment où j'ai été publié dans le second magazine, avec un lectorat plus adulte, j'ai pu me permettre des scènes plus réalistes au niveau des batailles, se permettre de montrer des choses qu'on ne pouvait pas avec les plus jeunes.
La seconde chose qui a changé est aussi du point de vu graphique. Le premier magazine avait un public plus jeune, donc il fallait des personnages amusant, c'est pour cela que quand on lit le début de Vinland Saga, on peut remarquer des personnages à la proportion particulière.

En ce moment, il y a un réalisateur qui fait un film de Jirô Taniguchi est-ce qu'une adaptation de vos œuvres pourrait vous intéresser ?
Vous savez, j'en ai encore pour un moment avec Vinland Saga et je suis très loin d'avoir atteint la perfection en tant que dessinateur, donc bon. Je suis le genre de personne capable d'être bon que dans un seul domaine à la fois, je vais prendre le temps de terminer mon manga avant, et on verra par la suite.

Makoto Yukimura a compris la question de travers.

Quel regard avez-vous sur la bande dessinée européenne ?
Hier j'ai rencontré Moëbius au restaurant. Ce qui est incroyable, c'est que tous mes senpai ne jurent que par lui, qu'il était exceptionnel. Et là je le croise, je me suis dit “ce n'est pas possible !”. Je pense que j'ai été influencé indirectement par les dessinateurs français puisque tous mes senpai ont été influencé par des dessinateurs français. C'est en me promenant à Angoulême, que je me suis rendu compte que tous les dessinateurs français étaient talentueux.
Jean-David Morvan m'avait dit qu'il avait envie de mixer les bandes dessinées françaises et les manga japonais. Moi aussi un jour, j'aimerais dessiner une oeuvre où j'arriverai à m'approprier le meilleur de la culture manga japonaise et de la bande dessinée française . Mais pour l'instant mon niveau est encore très loin de celui des français.

En fait, Yukimura dit manga français et manga japonais. Pour lui la BD, c'est du manga.

En France on est plutôt familier avec la culture nordique et les vikings, contrairement au Japon. Comment furent les premiers retours des lecteurs japonais ?
Je me suis fait massacré. Ils ne connaissent pas.

*rires du public*

Cependant, comme ils sont familier des choses comme la guerre, l'héroïsme, les aventures et les trucs d'épées, c'est passé. Mais pour que la série soit populaire, il m'a fallu 3 ans de stress et de faillite mentale.

J'ai de la chance de pouvoir lire la publication japonaise (sic), vu le titre de la série, vous savez où amener vos héros. Cependant, dans la suite de l'aventure, Thorfinn change physiquement et n'est pas présenté sous son meilleur jour. Avez-vous dû négocier avec votre éditeur pour avoir un héros qui n'est plus aussi charismatique à ce moment-là ?
En France vous n'êtes qu'au tome 5, non ? Etant donné que cela n'est pas encore paru en France, je vais essayer de ne pas en parler pour ne pas gâcher le plaisir aux lecteurs français. *rire*
Vous savez, ce n'est pas la première fois que je fais souffrir mon héros *rire*
Il vit des passages difficiles et cela arrivera encore dans l'histoire je pense *rire*
Cela va dans le sens que je veux donner à histoire, qui a besoin de ne pas avoir un héros heureux et en pleine forme.
Vouloir lui faire affronter des passages pas très jouissif, c'est peut être un écho de ma propre jeunesse dont je ne suis pas très fier. Je n'étais pas très mature, c'est de là que me vient peut-être l'envie de lui donner une leçon.
Mais je pense que ce qui m'intéresse quand j'écris une histoire, c'est de montrer l'évolution du personnage. Pour moi, le faire grandir est quelque chose d'émouvant. L'évolution vers la maturité passe par des expériences difficiles, c'est pour cela que c'est inévitable de lui faire rencontrer des moment difficiles tout au long de sa vie. C'est tout.

Dans Vinland Saga, il y a beaucoup d'injustice et beaucoup d'innocents tués. Cela va un peu avec le contexte historique mais est-ce pour vous une façon de montrer un certain cynisme de la vie, ce côté brutal et pessimiste des choses ?
C'est exactement ça. C'est peut-être c'est ma vision bouddhiste de voir les choses. Le bouddhisme prend ses racines dans l'évanescence et la futilité de toutes choses. Cela veut dire  que tout ce qui existe est amené à disparaître un jour, que toute personne qui naît est amenée à mourir un jour. Donc la relative futilité de l'existence est une de mes manières d'illustrer la vie, car elle peut basculer à tout moment.
Vous voyez Die Hard ? Quand je regarde ce film, je me dis qu'il pourrait se passer n'importe quoi, qu'il tombe d'un hélicoptère, qu'une voiture explose, Bruce Willis ne mourra jamais. Ces films sont très divertissants mais j'estime que la mort est inévitable et soudaine, et peut arriver à tout le monde. Je fais preuve de fatalité, mais c'est cette fatalité que j'ai envie de dessiner. Je pense que c'est quelque chose qui se vérifie facilement dans la rhétorique de création de mon manga.

Est-ce qu'il y aura un anime Vinland Saga ?
Je n'en sais rien. Ce serait cool que cela devienne un anime.

Votre précédente oeuvre PLANETES a été adapté en anime, la narration a été très différente, avez-vous été impliqué dedans ? Que pensez-vous de cette différence ?
Je n'ai pas du tout participé à l'adaptation en anime. Certains mangaka aimeraient qu'une adaptation soit totalement fidèle à leur oeuvre, et la supervise mais je ne me permettrais pas de faire cela car je n'y connais rien en réalisation d'anime. Plutôt que de m'imposer parce que je suis le créateur originel, j'ai préféré faire confiance à des spécialistes. Donc c'était bon pour moi.
Je l'ai vu évidemment et j'aime beaucoup.

Quel est l'origine des personnages ?
Thorfinn et Torkell sont des personnages historiques qui ont réellement existé. Je les ai un peu arrangé comme je voulais. Par contre pour Askeladd, il est 100% inventé. Son nom signifie couvert de suie, c'est la légende d'un enfant qui apparaît dans certaines histoires nordiques. C'est un orphelin qui a plusieurs frères et qui va toujours se sortir des difficultés rencontrées en utilisant sa tête.
Le Prince Knut a existé aussi évidemment, par contre Ragnar n'existe pas.

Minute Confiture 2 :
Cette légende n'est pas Norse, mais Norvégienne, elle serait apparue vers 1400, donc trois siècles après l'évangélisation de la Scandinavie. La légende nommait originellement le personnage Askefis en norrois, Askeladden en Bokmål (langue officielle de Norvège et dialecte danois) vient de la version popularisée par Peter Christen Asbjørnsen et Jørgen Moe en 1841.

Il est le pendant masculin de Cendrillon, benjamin d'une fratrie et laissé pour compte et exploité pour cette raison, où il est considéré comme juste bon à nettoyer les cendres de la cheminée. Il est le héros de plusieurs contes de fée où son courage ou sa ruse prévaut à la fin. Le mot Askeladd est entré dans le vocabulaire courant en Norvège, pour désigner une personne qui a réussie de manière inattendue.
Comme dit plus haut, le Prince Knut sera connu dans les livres d'Histoire comme Knud II le Grand (995-1935), Roi du Danemark et d'Angeleterre de 1018 à 1035. Partage Salique oblige, son empire ne survivra pas à sa mort.
Chronologiquement, l'histoire du manga se passe assez différemment, puisque la colonisation du Vinland se déroulera plutôt vers l'an 1000 pendant que Leifr Eiriksson n'était pas encore un vieillard. Thorfinn devrait normalement avoir une trentaine d'années de plus.

 

Avez-vous totalement pensé l'histoire ou vous vous êtes laissé des libertés ?
Je sais évidemment comment les grandes lignes de l'histoire et comment le manga vont se terminer.
Cependant je pense que pas mal de choses vont évoluer, on ne maîtrise pas forcement toujours le rythme de son manga, il faut toujours rajouter des choses pour que cela devienne intéressant.
J'ai déjà une super idée pour la dernière scène qui sera émouvante, s'il vous plaît lisez mon manga jusqu'au bout.

Qui décide réellement le scénario, vous ou bien votre éditeur ?
Je suis aussi le scénariste de mon manga, donc je créé l'histoire. Je discute évidemment avec le tantou, mais cette discussion ne se fait uniquement au stade du name. Son rôle est de le lire avec attention et surtout de me donner des conseils pour rendre l'histoire plus intéressante et mettre en exergue ce qui ne va pas. Plus sur des détails que sur mon scénario.

PLANETES se déroule dans un futur proche, comment est venu l'idée ?
Pour ceux qui ne savaient pas, avant de dessiner des vikings qui s'entretuaient, j'ai raconté l'histoire d'un éboueur de l'espace en 4 tomes. Il ramasse donc des débris spatiaux. L'idée m'est venue d'un livre que j'ai lu qui traitait des débris spatiaux. C'est devenu un sujet d'actualité depuis, mais c'est par hasard que j'ai eu l'idée de cette histoire.

PLANETES qui se déroule dans l'espace, et maintenant Vinland Saga chez les vikings, ce sont des thèmes assez inhabituels dans les manga. Avez-vous eu une difficulté à imposer ces thèmes aux éditeurs ?
Effectivement c'était un peu difficile. Lorsque j'ai présenté mon manga de science-fiction au magazine, ils ont pensé que cela ne se vendrait jamais. Mais celui qui a eu le plus de difficulté c'était mon tantou, qui a dû défendre mes idées auprès du rédacteur en chef.
Une histoire sur les vikings avait aussi surpris, mais étant donné que j'étais devenu un peu connu grâce au succès critique de mon oeuvre précédente, j'ai eu moins de difficulté à faire accepter ce thème.

Pourquoi une tel contraste entre PLANETES et Vinland Saga ?
En effet, Vinland Saga est assez violent.
En Chine, il existe un dicton qui dit que si on veut montrer la blancheur de quelque chose, il faut l'entourer de suie pour qu'il soit encore plus blanc. Cela signifie que si on prend une page blanche et qu'on fait une tâche noire au milieu, la page paraîtra d'autant plus blanche.
Si on veut raconter l'histoire de quelqu'un qui est contre la violence, la meilleure manière d'illustrer est de le transposer au XIe siècle, à une période extrêmement barbare dans laquelle les Vikings semaient la terreur.
Ce n'est pas la violence que j'ai envie de dessiner mais le refus de la violence.

Pourquoi l'Europe médiévale et pas le Japon médiéval ?
Bonne question. Cela aurait pu en effet se dérouler au Japon qui était aussi violent l'époque Sengoku. Mais des manga qui traitent de cette époque, il y en a déjà beaucoup. Je ne voulais pas faire comme tout le monde, et en découvrant l'univers des Vikings et leur histoire, je me suis dit que j'ai trouvé plus original et cela me permettra de faire découvrir de nouveaux horizons à mes lecteurs.

On voit que vos manga sont très détaillés, quelles sont vos inspirations graphiques ?
En effet, j'aime bien dessiner de manière détaillée. Je ne pense pas que ce soit une influence particulière, c'est juste que j'aime bien en faire le plus possible.

On a généralement des personnage principaux, des secondaires et une foule. Dans Vinland Saga, vous individualisez les personnages de la foule, même si elle n'a pas de développement ultérieure, ce qui donne une profondeur à l'univers autour des personnages principaux et forme une dimension réaliste. Est-ce que cela est venu tout seul inconsciemment ou avez-vous des référents ?
Merci. (en français dans le texte) Merci de vos compliments.
Pour Vinland Saga, j'ai essayé de supprimer tout ce qui pourrait être fantasque. Je suis content que vous me dites que je dessine les figurants avec soin, je n'avais pas spécialement cette volonté là, je voulais surtout dépeindre mon histoire de la façon la plus réaliste possible. Donc inconsciemment, j'essaye aussi de les dessiner de la manière la plus détaillée possible.
Les personnages qu'on voit en arrière-plan parlent beaucoup pour ne rien dire, souvent pour médire la chrétienté ou pour parler de bouffe et de boisson. Cela vient du fait que quand j'ai voulu les rendre plus vivant, pendant que je les dessinais, je me demandais ce que pouvait raconter des vikings au XIe siècle quand ils disaient n'importe quoi.

En France, beaucoup de lecteurs ont été déçus de l'évolution de Berserk, que Vinland Saga a remplacé dans leur cœur (sic). Que pensez-vous de cette compétition et est-elle justifiée ? (sic)
Kentarô Miura dessinait déjà à l'époque où j'étais encore un enfant, donc pour moi il est au-dessus des nuages que je ne pourrais jamais atteindre. Tout ce que je peux vous dire c'est que je ferai de mieux pour dessiner mes planches. Je pense personnellement que Berserk va devenir intéressant dans les chapitres qui arrivent, j'encourage les lecteurs à s'accrocher.
Je n'ai jamais eu conscience d'une comparaison possible avec Berserk, ce n'est pas du tout une inspiration quand je dessine mes planches. Merci d'avoir comparé mon oeuvre à quelque chose d'aussi grandiose que Berserk.

Quels sont vos manga préférés ?
J'aime beaucoup One Piece. Il me semble que c'est le manga le plus vendu, il a su toucher le coeur de pas mal de monde. Mais mon manga préféré est dessiné par quelqu'un qui n'est pas connu, il s'agit de Akanbe Ikkyuu par Hisashi Sakaguchi.

Gregoire Hellot lui annonce que c'est sorti en France.

Ah bon ? Je suis très content, je vous encourage à le lire.
C'est ce manga qui m'a donné envie de dessiner des manga. Désolé de parler du sujet, mais le bouddhisme est très important au Japon, c'est une des bases de notre société.
Cela raconte l'histoire d'un moine nommé Ikkyuu, qui a vécu il y a 600 ans. C'est un manga unique : attaquer frontalement des questions fondamentales sur l'humanité, c'est ce qui fait sa force.
Avant de lire cette oeuvre, je savais évidemment que les manga étaient pour les enfants, mais avec Ikkyuu, je me suis rendu compte que le manga pouvait aussi répondre à des questions existentielles et faire réfléchir. J'espère que ce manga vous intéressera autant que moi.
Je ne vois pas quel autre manga préféré je pourrai citer, car maintenant que j'ai cité Sakaguchi, j'ai tout dit. *rire*
J'aurai voulu déborder de 2 heures pour vous parler de lui ! *rire*

Interprète : Gregoire Hellot
Vinland Saga © Makoto Yukimura, Kodansha


Commentaires

Aucun commentaire

Ajouter un commentaire

Par quel quatuor est dessiné Card Captor Sakura ?



Se connecter

Pôle Emploi

recrutement
Tout le monde en parle

Please RT