Leiji Matsumoto (Salon du Livre Genève 2014) - Interviews - Manganimation.net, Manga Anime, news & reviews
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19/09/2014 | Rukawa

Leiji Matsumoto (Salon du Livre Genève 2014)


Interview réalisée le 4 mai 2014.

Est-ce encore utile de présenter Leiji Matsumoto ?

Connu en France pour avoir créé Albator, en Italie pour Galaxy Express 999 et aux USA pour Uchuu Senkan Yamato, ce grand nom du manga fut présent au 28ème Salon du Livre de Genève qui a eu lieu du 30 avril au 4 mai 2014 au Palexpo de Genève.

Comment est venue l'idée d'un film Albator en 3D CG ?
Je considère que nous sommes dans une période de transition entre les différentes techniques. Je souhaitais faire une sorte d'enquête pour savoir à quel stade nous nous situions dans cette technologie, afin de pouvoir trouver des défauts et ainsi améliorer les futurs films au niveau technique.

Shinji Aramaki est un des rares réalisateurs japonais à réaliser des films en images de synthèse, était-il un choix logique ?
En fait, il s'agit du choix de Tôei Animation. Le studio a avancé son nom car ils désiraient quelqu'un d'expérimenté en la matière et donc en meilleure position pour réaliser ce film.
J'ai simplement fait confiance à leur choix.

Mais pourquoi pas Rintarô, qui a pourtant eu une expérience avec Yona Yona Penguin ?
Là encore, nous sommes en période de transition mais une transition générationnelle. Nous ne pensons pas que Rintarô n'ait pas les qualités pour, mais nous avons préféré privilégier une génération plus jeune. C'est aussi pour cela que nous avons choisi Shinji Aramaki comme réalisateur, parce qu'il est encore jeune, malgré son statut de vétéran dans l'animation 3D CG.

Le film n'a pas eu un gros succès au Japon, alors qu'en France c'était plutôt pas mal, qu'en pensez-vous ?
Au Japon, il y a beaucoup de concurrence, tellement de choix de films, c'est souvent une guerre pour choisir quoi regarder. C'est un jugement qui se fait par rapport à la popularité du moment.
Percer dans le monde de l'animation et du manga est très difficile. Ce n'est pas parce qu'une oeuvre fut antérieurement populaire qu'elle aura plus de succès que le dernier arrivé. Il n'y pas d'ordre parmi les différents oeuvres. S'il est mal classé, cela ne veut pas dire qu'il est mauvais.

Zero Desigze avait été annoncé comme un film live de Galaxy Express 999, ce n'est plus le cas aujourd'hui, et il semblerait que ce soit devenu un anime.

(Il ne voit pas de quoi je parle, jusqu'à ce que je lui montre les designs via mon smartphone)

Ah oui, "Zero Desigze".
C'est un court métrage d'un de mes anciens ouvrages. J'ai réalisé beaucoup d'oeuvres dans le passé, je me souviens pas de tout, je me perds parfois et j'oublie d'où cela vient.
Finalement nous nous sommes dit que faire une animation serait une meilleure idée. Cependant, j'ai tellement de demandes d'adaptation live, notamment de la part de l'étranger, que c'est toujours possible.

Avez-vous regardé Kaze Tachinu, le dernier film de Hayao Miyazaki ?
Lui c'est lui, moi c'est moi, les autres sont les autres. Moi je ferai de mon mieux pour continuer.
Non, je ne l’ai pas encore vu. Bien sûr, il m'arrive encore de voir d'autres films mais je n'ai pas vu celui-ci. D'une manière générale, je ne suis pas vraiment quelqu'un d'intéressé par les oeuvres des autres créateurs, même si j'apprécie la personne derrière.
Je salue toutefois le succès de ce film.

En fait, dans ce film, Hayao Miyazaki parle de "10 ans de créativité". On pourrait faire un parallèle avec lui, puisque, vous aussi, vous avez été très productif pendant 10 ans, entre Uchuu senkan Yamato et Galaxy Express 999.
Oui, en effet, cela peut arriver d'avoir une période très intense de créativité, cela peut se trouver de manière assez courante dans le domaine du manga & de l'animation.
Je pense que c'est une question d'environnement. A l'époque j'étais dans un cadre très conviviale pour travailler, j'habitais à quelques minutes du studio, 3-4 minutes en vélo, et donc quand il y avait un problème, j'arrivais rapidement pour le régler.
Grace à cela, je pouvais vraiment travailler à fond et être plus efficace que dans d'autres périodes ; cela a permis de stimuler mes idées de manière assez intense.

Pouvez-vous nous raconter une anecdote sur Osamu Tezuka ?
Je l'aidais en cas de besoin en tant que connaissance. Ce n'était pas du tout un rôle d'assistant.
En 1943, quand mon père était pilote, en tant que capitaine dans l'aviation japonaise, j'habitais vers le parc d'Akashi. Je suis allé voir "La Tulipe et l'Araignée", réalisé par Kenzo Masaoka.
J'avais 5 ans et Tezuka avait 15 ans, nous étions tous 2 présents à ce spectacle, le même jour, le même endroit. Nous nous étions rencontrés sans le savoir.
Nous étions tout deux très fortement liés, mais aussi avec Shôtarô Ishinomori, qui est né le même jour et la même année que moi.
Nous trois, qui sommes parmi les plus grands noms du manga, nous avions acheté un appareil de projection. Après leur décès, ces objets me parvinrent. Alors que je n'ai plus le mien, je garde toujours précieusement les leurs.

Il semble que vous êtes également un grand ami avec Tetsuya Chiba, l'auteur de Ashita no Joe. Comment s'est déroulée votre rencontre ?
En effet, je l'appelle même affectueusement "Chiba-chan". Quand j'ai déménagé à Tôkyô, c'était la première personne avec qui je me suis lié d'amitié.
Je suis monté à la capitale à la demande de la maison d'édition Kôdansha. Ils m'avaient réservé une chambre dans un ryokan où je logeais au RDC. Au 1er étage était herbergé Tetsuya Chiba. Ensuite, son domicile était assez proche du mien à Nishidai. Il venait souvent chez moi en courant.
Le studio d'Osamu Tezuka n'était pas très loin non plus, il se situait à l'autre côté du chemin de fer. Il y avait aussi à 15 minutes le siège de Asahi Shinbun. J'étais plutôt bien entouré.

Vous êtes assez derrière vos oeuvres, pensez-vous lâcher du lest dans le futur avec l'âge ?
Ce n'est pas que le scénario, il m'arrive de réaliser directement aussi les e-conte comme sur Yamato par exemple, où j'ai également écrit le scenario, et j'ai pris le temps de penser chaque dialogue. C'est une des raisons pour lesquelles, je ne confie jamais entièrement les choses.

Je ne suis pas encore arrivé à ce moment où je devrais être moins présent, ce n'est pas demain la veille, je continuerai à faire le maximum tant que je le peux.
Dans la création, je mets mes sentiments, ce que je ressens c'est très personnel. Cela compte beaucoup en tant que créateur. Cela ne relève aucunement d'un phénomène scientifique ou physique, une oeuvre dépend de la compétence narratrice du créateur.

Vous savez, j'aime la science. Dans le corps humain, le sang circule de droite à gauche, les yeux gauche et droit n'ont pas les mêmes perceptions. Si on regarde de gauche à droite il aurait l'air plus éloigné et de gauche à droite, plus proche. Cette perception on la perd avec l'ordinateur ou la 3D. C'est pour cela qu'il est important que des personnes dessinent encore à la main, d'effectuer des recherches et prendre le temps d'étudier : l'homme doit apprendre.

Depuis le début de ma carrière, j'ai baigné dans un milieu adéquat pour favoriser la création et arriver à ce niveau. Je lisais beaucoup de journaux quand j'étais à l'école primaire. Quand j'étais au lycée, il y avait une trentaine de bibliothèques ou librairies qui me fournissaient des informations que je voulais.
Je n'ai vraiment rien appris de quiconque et je devais apprendre par les livres qu'avaient pu sortir mes ainés. Et quand je suis arrivé au collège, j'ai pu commencer à effectuer des recherches par moi-même. C'est pour çà que même au lycée, j'avais pris cette habitude de travailler tout seul.
Depuis l'âge de 6 ans, à l'école primaire, je voulais devenir créateur, je me suis mis assez tôt à dessiner, jusqu'à 18 ans, je dessinais dans le Mainichi Shinbun édition pour jeunes, afin de payer mes frais et mes études. Je pense que c'est ça le secret de ma réussite.

J'estime que ma vie est pleine de rêves et de beaux souvenirs. J'ai encore l'impression aujourd'hui de me promener dans ces rêves que je souhaitais réaliser enfant. Je n'ai pas de sentiments mal à l'aise par rapport à cette indépendance, c'est une situation assez particulière. Cependant, même indépendant, je peux aider d'autres confrères.
Une fois, le magazine Shôjo Club a eu un problème : un mangaka a disparu. Il fallait finir une oeuvre pour le lendemain matin, mon senpai m'a demandé de le faire. J'ai dû dessiner 60 pages en une nuit. J'ai fait un tome en une nuit. C'était quelqu'un de très souriant mais il a disparu du jour au lendemain. Je me souviens plus du nom de l'oeuvre mais c'était un western spaghetti. Shôjo Club avait préparé le concept, et moi j'ai dessiné. Le name n'était pas de moi. J'assume la responsabilité de la création de cette oeuvre, même si le concept original n'est pas de moi.

C'est une expérience qui a été pour moi une grande source d'inspiration pour aller de l'avant.

Traduction : Asako Nakayama
Remerciements : David Bouvier, Stephane Lapie, Emmanuel Bochew


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