Hiroyuki Yamaga & Kazuhiko Shimamoto (Connichi 2014) - Interviews - Manganimation.net, Manga Anime, news & reviews
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27/09/2014 | Rukawa

Hiroyuki Yamaga & Kazuhiko Shimamoto (Connichi 2014)


島本和彦 - Blog - Twitter

Interview réalisée pendant la Connichi 2014, qui a eu lieu du 12 au 14 septembre à Kassel en Allemagne.

Kazuhiko Shimamoto aurait pu être connu en France dans le fandom si l'éditeur français Muteki n'avait pas coulé. En effet, cet éditeur avait tenté le pari de publier le manga Hoero Pen, sous le titre La Plume de Feu. Hélas, seulement 2 tomes furent traduits car ironie du sort, Muteki, ce qui signifie invincible en japonais, ne l'était pas car la boîte a rendu les clefs après quelques mois.
Shimamoto est connu surtout pour ses histoires à haute dose de nekketsu, après avoir publié Honoo no tenkousei, il est rapidement devenu une référence, au point que le grand Ishinomori sur sa fin l'adoube officiellement pour qu'il termine son manga The Skullman.
Mais avant de connaître la gloire, celui qui s'appelait à l'époque Hidehiko Tezuka a été un simple étudiant à l'Université d'Art d'Ôsaka. Sa promotion d'entrée 1981 compte des futurs élèves qui travailleront dans l'industrie de l'animation japonaise : Hideaki Anno, Takami Akai, Hiroyuki Yamaga et Masahiko Minami. Publié pour la première fois en février 1982, il ne finira pas ses études.
C'est cette ascension qu'il raconte dans Aoi Honoo, son manga actuellement en cours, avec 12 tomes publiés. 

Kazuhiko Shimamoto ressemble enormement au personnage de Moyuru Honoo, le héros de la Plume de Feu et de Aoi Honoo : il s'enflamme beaucoup, ces passages ont été mis en forme en rouge et gras.

Pouvez-vous vous présenter chacun l'un l'autre ?
Hiroyuki Yamaga :
 Voici Kazuhiko Shimamoto, un mangaka. Nous nous connaissons depuis l'université où nous étions en cours ensemble et c'est un très bon ami. Je l'ai fait venir ici à la Connichi car en ce moment est diffusé au Japon un drama nommé "Aoi Honoo". Ce drama est à l'origine un manga qu'il dessine et qui raconte notre histoire à nous et des fondateurs de la Gainax, de l'époque où nous étions étudiants. Cela cartonne en ce moment.
Kazuhiko Shimamoto : Voici Hiroyuki Yamaga, un ancien étudiant exemplaire. *rires*
C'était à la base un simple camarade de fac, puis de camarade de fac, il est devenu président du studio d'animation Gainax. Dans mon manga "Aoi Honoo" qui raconte nos années de fac, je parle de lui et sa bande avec beaucoup de jalousie et de mesquinerie. Et c'est à son invitation que je suis ici avec vous. C'est quelqu'un qui a vraiment réussi dans la vie, et sans nul doute, c'est grâce à son savoir et sa joie de vivre que nous avons pu amener plus de qualités dans cette adaptation de "Aoi Honoo".

Comment s'est déroulée votre première rencontre ?
KS : *rires*
La première fois que je l'ai vu à la fac avec ses potes, j'en ai dit du mal, je me suis demandé « C'est quoi ces types ? » *rires*
HY : *rires*
KS : Il fait partie d'un trio d’énergumènes paranormaux qui faisaient des trucs pas très clairs, comme des courts métrages aussi bien en prises de vues réelles que des animations. On se demandait qu'est-ce qu'ils foutaient. Je les considérais de loin et avec mépris, ils me pompaient l'air. Ils deviendront des personnes importantes qui formeront le studio Gainax. C'était ainsi mes premières impressions sur lui.
HY : Au début, même si nous étions dans la même promotion, je ne le connaissais pas personnellement. J'étais parfois en charge de récupérer les devoirs pour les professeurs, il y avait un "Tezuka" qui dessinait vraiment bien. Je me disais que ce "Tezuka" faisait des trucs intéressant, et qu'il voulait devenir mangaka lui aussi. Puis au fur et à mesure que l'année avance, ce "Tezuka" a commencé à devenir populaire, on entendait du bien de lui. Puis il a commencé à être publié en tant que professionnel. En regardant de plus près les publications, on s'est rendu compte que "Tezuka" utilisait le pseudo de "Shimamoto".
J'ai donc d'abord connu ses oeuvres avant l'homme lui-même.

Shimamoto et Yamaga utilisent tous deux « aitsu », pour parler de l'un l'autre, ce terme est totalement impoli. Comme ils se connaissent depuis longtemps, ils se parlent de manière très amicale.
Le vrai nom de Kazuhiko Shimamoto est
Hidehiko Tezuka. Shimamoto avait déjà avoué que pour lui, il ne pouvait y avoir qu'un seul "Tezuka" qui dessine du manga.

Le personnage de "Yamaga" dans Aoi Honoo a l'air totalement à côté de ses pompes et ne comprend pas grand-chose ...
*Yamaga & Shimamoto éclatent de rire*
... j'espère qu'il n'était pas ainsi étant jeune ! Cela casse l'image du "Hiroyuki Yamaga" que j'ai devant moi !
KS : *rires*
Pour être sincère, de l'extérieur, c'est l'impression qu'il donnait.
HY : *rires*
Je vous rassure, je suis aussi comme ça à l'intérieur, cela n'a pas beaucoup changé, j'ai un peu de mal sur ce point-là.
KS : *rires*

L'expression utilisée pour décrire "Yamaga" est « kuuki yomenai », littérallement "ne lit pas l'atmosphere".

Kazuhiko Shimamoto et Hiroyuki Yamaga

En revanche, on a du mal à se dissocier l'image de "Kazuhiko Shimamoto" et du jeune "Moyuru Honoo". "Honoo" est un gros procrastinateur, étiez-vous ainsi ?
K
S : Honoo ? Non, pas du tout ! Il pense énormément avant d'agir ! *rires*
Il réfléchit énormément ! Il réfléchit ! Il réfléchit ! Puis quand il a assez réfléchi, il dessine !
HY : Merci d'avoir posé la question sans prendre de gants !

Mais il n'a plus de le temps, il faut rendre le devoir !
KS :
 A l'époque, il n'y a pas vraiment de dates de rendus. Mais je n'aimais pas dessiner des trucs que je n'aime pas. Mais quand cela me passionnait, je réfléchissais énormément à ce que je voulais faire. Cela prenait du temps et en plus je ne dessinais pas vite.

Comment s'est déroulée la rencontre avec votre idole Mitsuru Adachi ?
KS : Mon tantou était le même que celui de Adachi-sensei. Et comme il savait que j'étais un gros fan, il nous a présentés.
Disons que, si moi je ressemble à Honoo, lui n'était pas du tout bouillonnant. *rires*
Vous avez lu "Touch" ? Eh bien, il ressemble un peu au héros de "Touch", Tacchan. Ils sont exactement pareil. *rires*

Il y a d'ailleurs un chapitre de Touch où "Noboru Takizawa", le héros de Honoo no tenkousei, fait une petite apparition.
KS : Je suis allé là-bas pour donner un coup de main, sauf qu'il n'y avait rien à faire. Puis Adachi-sensei m'a dit « Tiens, fais ça ». *rires*

Pourquoi autant de nekketsu dans vos oeuvres ?
KS : Regardez Honoo, il a grandi avec Ashita no Joe et Captain Harlock, buvant leurs paroles. Voila comment on devient comme moi.

Et donc, en tant que fan d'Ashita no Joe, vous préférez Joe ou Rikishi ?
KS : *rires*
J'ai tellement de sentiments pour Joe, que c'est Rikishi que je préfère.

Vous avez en commun d'avoir tout deux travaillés sur la franchise GundamGundam 0080 pour Hiroyuki Yamaga et G Gundam pour Kazuhiko Shimamoto, comment êtes-vous arrivés sur ces projets ?
HY : A cette époque,, il n'y avait pas de séries Gundam sans Yoshiyuki Tomino. Kenji Uchida, qui n'était encore que producteur (ndlr : Aujourd'hui président de Sunrise), s'était demandé comment faire pour réaliser un Gundam sans que ce soit trop marqué Tomino. Il voulait que ce soit réalisé par quelqu'un d'autre. Après réflexion, il a trouvé une technique infaillible : embaucher le staff de Macross pour faire du Gundam.
*éclats de rire général*
KS : Alors c'est ainsi que ça se passe ! *rires*
Masahiko Minami (ndlr: Actuel président & fondateur du studio BONES), que j'ai aussi connu à la fac, travaillait chez Sunrise et m'a contacté car il avait pensé à moi pour leur nouveau projet Gundam. A l'époque, ils souhaitaient faire un Gundam plus enjoué. Je ne sais pas si c'est la vraie raison, mais il m'a dit que les sponsors étaient frileux à financer un anime trop sombre. Il m'a chargé de créer un dossier avec des personnages a montrer aux sponsors.
Minami, qui apparait aussi dans Aoi Honoo, est d'ailleurs le seul d'entre nous à avoir obtenu son diplôme. *rire*
Nous aurions pu retravailler ensemble tous les deux. On s'était revu au mariage de Hideaki Anno, où je l'ai charrié en demandant « Alors ? c'est quand que toi tu fais ta série de robot d'un nouveau genre ? » Minami me répond « OK! écris-moi quelque chose ! ».
Je lui pond alors un truc énorme qui m'aura bouffé pas mal de temps.
Les choses se bouclant bien, le projet trouve de quoi être financé. Minami m'appelle pour m'annoncer la nouvelle et qu'il faudra que je sois à Tôkyô pour travailler régulièrement sur le projet. Mais comme j'habite Hokkaidô, j'ai été évincé du projet dont j'étais à l'origine, projet qui deviendra Eureka seveN.
Si c'était que du pur business, je lui aurais sûrement fait un procès mais comme c'est un vieux pote de fac, ce n'est pas grave, tant pis. Sur le moment, je l'ai eu un peu en travers de la gorge, mais je suis content pour lui.

Master Asia par Kazuhiko Shimamoto

A part les OVA de Honoo no tenkousei, pourquoi il n'y a jamais eu d'adaptation anime de vos manga ? Chez la Gainax par exemple.
KS : Eh bien ... eh bien ... J'en sais rien ! *rires*
Les studios d'animation doivent avoir leurs raisons propres.
HY : Il faut savoir que faire un anime coûte extrêmement cher, des millions, des centaines de millions de yens. On ne peut pas se lancer dedans à la légère. La première chose à quoi nous pensons en tant que producteurs, c'est à la rentabilité zéro. C'est-à-dire combien il faudra investir pour ne pas perdre d'argent.
En l'occurence, pour Aoi Honoo il est tout de suite venu nous voir, pour nous demander d'en faire un anime. Nous n'aurions jamais pu retomber sur nos pattes, c'était donc quelque chose qui irait mieux en drama. Il y a vraiment eu une discussion en interne à ce sujet et nous sommes arrivés à la conclusion que la meilleure solution est d'en faire une adaptation en drama.

Qu'apporte une adaptation en drama plutôt qu'en anime alors ?
HY : Bah çà coûte moins cher déjà. *rires*
Ces deux médias ont un business plan différent. Dans l'animation il y a tout un marketing à construire, il faut attendre la vente des DVD/Blu-ray pour avoir un retour sur l'argent investi. Dans le drama, pas la peine de s'en soucier, cela marche sur une base publicitaire qui va construire la base financière, nous avons donc très rapidement ce retour sur investissement grâce à la publicité, ce qui n'est pas le cas avec un anime.
De plus, créer un drama coûte bien moins cher en matériel.
L'animation est en tous points beaucoup plus difficile a produire et rentabiliser.

Aucun projet annoncé par le studio Gainax au Tôkyô Anime Fair 2013 ne s'est concrétisé. En 2014, il n'y a eu aucun projet Gainax à part Magical Wars. Le studio fêtera ses 30 ans le 24 décembre 2014, est-ce que le studio prévoit de faire plusieurs projets ou juste un ce serait déjà bien ?
HY : Je sais bien que les fans attendent beaucoup et sont très excités, mais pour nous, 29, 30 ou 31 ans c'est la même chose. *rires*
Nous n'avons pas de gros projet actuellement à part Aoki Uru. Le pilote de 6 minutes avance, je suis en train de travailler sur l'e-conte en ce moment. Nous devrions présenter le pilote au printemps 2015, et la production devrait s'étaler sur 3 ans. J'espère vous le présenter ici, à la Connichi, l'année prochaine.

Vous souligniez à la FanimeCon 2014 que l'équipe du studio Gainax est aujourd'hui constitué de nombreuses femmes, ne souhaiteriez-vous pas vous réessayer à l'adaptation d'un shoujo manga ?
HY : En fait, les femmes préfèrent surtout dessiner des hommes. *rires*

Pas de FREE! s'il vous plaît ...
HY : D'accord, on commencera d'abord par les dessiner habillés. *rires*

Comment êtes-vous arrivé sur le projet Anime Tenchou, c'est-à-dire à créer la mascotte d'Animate, "Meito Anizawa" ?
KS : Les autres chaînes vendeuses de goodies d'anime avaient toutes leur mascotte sauf Animate. Le patron d'Animate était un fan de mes oeuvres, et s'est mis en tête qu'il fallait absolument que ce soit moi qui dessine la mascotte, point barre. Je lui ai répondu « Mais je suis incapable de dessiner des personnages moe comme tous ces produits que vous vendez ! Il faut que ce soit fait à ma façon ! ». Et cela s'est fait ainsi.

Qu'est-ce qui est le plus proche de la réalité, le livre Notenki Tsuushin de Yasuhiro Takeda ou bien le manga Aoi Honoo ?
HY : C'est une question difficile, chacun aura sa propre version des faits. Dans le livre de Toshio Okada, on a encore une autre version. Ma version serait aussi differente. Mais ca rend les choses d'autant plus intéressantes.
KS : J'ai demandé un peu à tout le monde des anecdotes pour constituer le projet et j'ai eu chaque fois une version différente. J'ai pris la version la plus intéressante à raconter.
A propos du Daicon 3, il y a eu un compte-rendu de la convention dans un magazine de SF. J'ai demandé à Toshio Okada et Yasuhiro Takeda quel numéro et quel magazine était-ce. Je cherche donc dans ce magazine, mais il n'y a rien. Je regarde le suivant, toujours pas. Puis le suivant non plus. En fait ... Ils se sont gourés tous deux de magazines ! *rires*
HY : En fait, 30 ans plus tard, on se souvient surtout des ragots plus que ses propres souvenirs. *rire*
KH : Ceux qui ont fait le drama sont externes à l'histoire donc tout leur va, peu importe la version des faits.

Donc tous les passages de Aoi Honoo sont vrais ?
KS : Oui. Sur la forme certaines scènes ont été justes un peu modifiées pour les besoins du storytelling.
J'ai dessiné les personnages selon mes souvenirs, plutôt que me baser sur les photos.
HY : La scène où je passe pour un idiot devant le serveur s'est réellement passée ! *rires*

Moyuru Honoo dans Hoero Pen, sketch par Shimamoto

Traduction : Emmanuel Bochew


Commentaires

2014-10-04 11:59:05 | jevanni

Super boulot ! C'est dautant plus chouette de lire ça juste après avoir fini Aoi Honoo. 

2014-09-29 07:52:31 | vinhnyu

Faudrait que j'aille à la Connichi un jour, ça a l'air exceptionnel pour rencontrer les invités.

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