1968 : L'émergence des yôkai - Articles - Manganimation.net, Manga Anime, news & reviews
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10/03/2013 | Ryuurei

1968 : L'émergence des yôkai


Bien que nous parlons d'animation, cet article sur l'année 1968 emploit quelques termes issues de la grande histoire du manga, tels que kamishibai, kashi-hon ou encore gekiga. Comme les semaines précédentes nous évoquions le tokusatsu, et le kaijû, cette semaine nous parlerons aussi des yôkai. Nous en arrivons au point où il n'est plus possible de mettre tout cela entre parenthèses. De façon à ne pas s'emmêler les pinceaux, nous utilisons ces termes directement en japonais et allons les expliquer une bonne fois pour toute à chaque début de paragraphe. Nous préparerons ensuite un lexique pour pouvoir vous rediriger lors de la lecture.

Alors, que peuvent être les kamishibai ? Au Japon, comme un peu partout dans le monde, il existait des artistes ambulants qui s'arrêtaient de ville en ville pour raconter des histoires. Le kamishibai fait partie de ce mouvement, il s'agissait d'un théâtre de papier où le narrateur contait l'histoire tout en faisant défiler des images. Nous parlerons par la suite des auteurs tels que Shigeru Mizuki ou Sanpei Shirato qui faisaient du kamishibai. Le genre a peu à peu disparu avec l'apparition de la télévision durant les années 1960.

 

Kamishibai


Pour ce qui est du kashi-hon, ce sont des livres à louer, pas uniquement des mangas, mais tout type d'ouvrages. En ce qui concerne les mangas, ceux ci sont apparus suite au manque de ressources après la fin de la seconde guerre mondiale. Les personnes pouvaient aller et venir dans une boutique et y emprunter un manga pour très peu d'argent. Par la suite, il y eut une nouvelle tendance autour des mangas disponibles dans ces boutiques, bons nombres d'auteurs y faisaient leurs premières armes. Elles jouaient aussi un rôle majeur dans le marché du manga indépendant, laissant aux auteurs la liberté de produire ce qui leur plaisait, sans aucunes contraintes de la part des éditeurs. Ceci a permis l'apparition du mouvement gekiga avec Yoshihiro Tatsumi. Les gekiga comportent une nature plus adulte et dramatique que les mangas, même si les codes de mise en scène restent les même. Nous pouvions ainsi lire des histoires sur la société japonaise et sa prise de conscience après l'explosion des bombes, le monde du travail lors de la reconstruction du pays, ou même des histoires sur l'écologie, la politique ou la nature humaine comme dans les œuvres de Takao Saitô.

 

Gekiga

 

TitreStudioCréateurs / RéalisateurDiffusionNb
Ep
GeGeGe no Kitarô
ゲゲゲの鬼太郎
TÔEI Dôga Shigeru Mizuki, 03/01/1968 au 30/03/1969 65
Subarashi sekai ryôko : New York no tabi "Computer Seireki 2000-nen no Monogatari"
すばらしい世界旅行 ニューヨークの旅「コンピュートピア西暦2000年の物語」
Nihon Eizô Kiroku Center Masahiro Mori, Renzô Kinoshita 07/01/1968 au 14/04/1968 2
Wanpaku Tanteidan
わんぱく探偵団
Mushi Pro Edogawa Ranpo, Rintarô 01/02/1968 au 26/09/1968 35
Kyojin no Hoshi
巨人の星
Tôkyô Movie Ikki Kajiwara, Noboru Kawasaki 30/03/1968 au 18/09/1971 182
Animal 1
アニマル1
TÔEI Dôga Noboru Kawasaki, Taku Sugiyama 01/04/1968 au 30/09/1968 27
Cyborg 009
サイボーグ009
TÔEI Dôga Shotarô Ishinomori, Yûgo Serikawa 05/04/1968 au 27/09/1968 26
Akane-chan
あかねちゃん
TÔEI Dôga Tetsuya Chiba 06/04/1968 au 29/09/1968 26
Fight da!! Pyûta
ファイトだ!! ピュー太
Hôsô Dôga Seisaku Tsunezô Murotani 06/04/1968 au 28/09/1968 26
Kaibutsu-kun
怪物くん
Tôkyô Movie, Studio Zero Fujio Fujiko 21/04/1968 au 23/03/1969 50
Sasuke
サスケ
TCJ Sanpei Shirato 03/09/1968 au 25/03/1969 29
Yûyake Banchô
夕やけ番長
Nihon Hôsô Eiga Ikki Kajiwara, Toshio Shôji 01/10/1968 au 29/09/1969 105
Dokachin
ドカチン
Tatsunoko Prod Hiroshi Sasagawa 05/12/1968 au 26/03/1969 52
Sabu to Ichi torimono hikae
佐武と市捕物控
Tôei Dôga, Studio Zero Shôtarô Ishinomori 03/10/1968 au 24/09/1969 52
Vampire
バンパイヤ
Mushi Pro Osamu Tezuka 03/10/1968 au 29/03/1969 26
Yôkai Ningen Bem
妖怪人間ベム
Dai ichi Dôga Saburô Sakai 07/10/1968 au 31/03/1969 26

 

Kyojin no Hoshi, l'essence du nekketsu

En 1968 vient le tour de la célèbre série de baseball, Kyojin no Hoshi, soit L'Etoile des Giants. L'œuvre originale publiée dans le Shônen Magazine entre 1966 et 1971 est signée Ikki Kajiwara pour l'histoire et Noboru Kawasaki au dessin. En réalité, Ikki Kajiwara est le vrai nom de Asao Takamori, le scénariste de Ashita no Joe. Il est dit que le titre est une traduction du roman de science-fiction Giant Star de James Patrick Hogan et que le mot « star » reflète notamment le joueur favori de l'équipe.

Hyôma Hoshi est un jeune lanceur de génie s'entraînant au baseball nuit et jour avec son père, Ittetsu Hoshi, un ancien troisième base de l'équipe des Yomiuri Giants. Après avoir été enrôlé dans la célèbre équipe de baseball des Giants, Hyôma se confrontera à des adversaires tels que Mitsuru Hanagata et Hôsaku Samon lors des matchs de la Major League.

 

Kyojin no Hoshi



Kyojin no Hoshi est le pionnier des séries d'animation sportive, là où dans Haris no Kaze, il s'agissait surtout de mettre le sport au service de l'éducation. La série utilise aussi un style typiquement japonais appelé le nekketsu, littéralement « sang bouillonant ». C'est à dire que plus le héros est proche de la défaite, plus sa force en sera décuplé et il se relèvera avec toute la force de sa dernière volonté pour vaincre son adversaire.

La série fut produite par le studio Tôkyô Movie, qui fut à la fois rattaché au studio A Production. Le directeur de l'animation, Daikichirô Kusube et le réalisateur, Tadao Nagahama, se sont mis au défi de porter en animation ce nekketsu, ou encore l'esprit de combativité.
Cette série est aussi la première à être diffusée sur la chaîne Yomiuri TV à Ôsaka. L'histoire et sa profondeur se rapprochent de ce mouvement gekiga. Par ailleurs, le manga a joué un rôle majeur dans le magazine Garo à partir de 1964. Ainsi, des auteurs tels que Shirato Sanpei et Shigeru Mizuki participaient activement à ce mouvement, en publiant dans ce même magazine.


Shigeru Mizuki, Sanpei Shirato et Ishinomori Shotarô s'animent !

Pour reprendre ces deux derniers auteurs, durant cette même année 1968 était également diffusée la série Sasuke. Il s'agissait à l'origine d'un manga de Shirato Sanpei, publié dans le magazine Shônen entre 1961 et 1966. La narration était tenue par Hisashi Katsuta, qui jouait le rôle du professeur Ochanomizu dans Tetsuwan Atom, il donnait des explications sur les armes et les techniques ninja.

Sasuke est un jeune orphelin décidé à poursuivre sa quête de vérité. En effet, alors qu'il coulait des jours paisible avec sa mère, cette dernière se fait assassiner par la fille de Hattori Hanzô. Se déroulant après le siège d'Ôsaka, ayant eu lieu en 1614 et 1615, l'histoire commence alors que la troupe des ninjas de Hattori Hanzô poursuit Sarutobi, un ninja du clan de Sanada, qui s'était alors battu contre Tokugawa Ieyasu, le célèbre shôgun. Sarutobi est aidé par un jeune garçon mystérieux et muni d'un baluchon appelé Sasuke. Alors enfouis dans une grotte, plusieurs ninjas décident d'entrer, mais ils se font massacrer par une technique effroyable.

Nous reconnaissons ici la perte d'un être cher. Ce sera ce Sasuke, qui inspirera celui du manga Naruto de Masashi Kishimoto.
Il est amusant de constater qu'une autre série de 1968, Kaibutsu-kun, narrant l'histoire d'une bande de monstres se rendant sur terre, influencera Eiichirô Oda pour One Piece. En effet le mangaka a voulu que la personalité de Luffy soit similaire à celle du héros, Kaibutsu-kun, qui a parmi ses pouvoirs la possibilité d'étirer ses membres. One Piece aurait d'ailleurs pu tout aussi bien s'appeller Kaizoku-kun.

 

Sasuke - Génériques


Quant à Shigeru Mizuki, ce fut le tour de son célèbre manga GeGeGe no Kitarô (Kitaro le repoussant), dont bien des détails se trouvent dans la troisième partie de cet article. Les monstres apparaissant dans cette série charmaient les téléspectateurs, créant ainsi un nouveau « boom » avec cette fois les yôkai, des monstres issues du folklore japonais.

Kitarô est un jeune yôkai né dans un cimetière et n'aurait qu'un seul œil, la cavité étant cachée sous ses cheveux. Il souhaite instaurer une paix entre les yôkai et les humains, et pour cela il détient de nombreux gadgets, tels une main détachable, des cheveux pointus qu'il peut envoyer sur ses ennemis, un ocarina lui permettant de jouer une musique faisant fuir les fantômes, etc. Il est accompagné de Medama-oyaji, son père qui n'a aussi qu'un seul œil, mais à vrai dire, c'est un œil sur pattes. En fait, son père est mort d'une maladie et a ressusité sous cette forme. Il aide son fils en lui donnant toutes les informations qu'il a besoin de connaître sur les yôkai.

 


GeGeGe no Kitarô - Générique d'ouverture



Toujours dans la lignée des yôkai, la série Yôkai Ningen Bem démarrait au mois d'octobre, dans laquelle les couleurs étaient étranges, presque dans un style occidental.

Cette nouvelle tendance a également touché le studio Mushi Pro. Les manga de Osamu Tezuka commençaient peu à peu à s'éloigner du monde de la télévision et il a été décidé de s'aventurer dans de nouveaux projets. En février commence ainsi la diffusion de Wanpaku Tanteidan, adapté du roman de Edogawa Ranpo, puis en avril ce fut le tour de Animal 1 de Noboru Kawasaki.

En octobre, c'est au tour de la série Sabu to Ichi torimono hikae (Les mémoires des détectives Sabu et Ichi), adaptée du manga de Shôtarô Ishinomori. Celle-ci est d'ailleurs produite par trois studios. Mushi Pro, Studio Zero et Tôei Dôga. Du coté de Mushi Pro, ce n'est autre que Rintarô qui occupe la place de réalisateur, tandis que Murano Moribi supervise à la fois le chara-design et la direction de l'animation. Quant au style de dessin épuré, il provient du non moins célèbre Keiichi Kimura, envoyé par le studio Tôei. L'année suivante, la Tôei s'imprégnera de ce style issue du mouvement gekiga. Au début, comme l'audience ciblée était les adultes, l'heure de diffusion était à 21h, mais celle-ci passa à 19h après la moitié de la série.

Se déroulant durant l'ère Edo, Sabu, un jeune enquêteur, voyage avec Itchi, un maître épéiste aveugle, afin de résoudre les mystères et autres affaires des personnes sur leur chemin. Sabu se bat avec un jitte, une arme pouvant couper court aux attaques de sabre. Quant à Sabu, sa technique au sabre ressemble beaucoup à celle de Zatoichi, un autre épéiste aveugle de la culture populaire japonaise.

 


Sabu to Ichi - Génériques



Bien entendu, c'est aussi au mois d'avril que la série Cyborg 009 commence, alors produite par le studio Tôei. Suite au succès de la série, elle est le point de départ d'une grande collaboration avec le studio Ishimori Pro.

L'organisation Black Ghost décide d'enlever 9 personnes afin de faire d'eux des cyborgs aux pouvoirs hors du commun. Grâce à ces derniers, ils peuvent se libérer du joug de leur oppresseur et les empêcher d'accomplir leur sombre quête, celle de déclencher une nouvelle guerre mondiale...

 

Cyborg 009

 


À propos du phénomène des yôkai

Tout d'abord, re-précisons rapidement ce que sont les monstres de type kaijû et ceux de type yôkai. Les premiers sont des monstres géants, tels que Godzilla, Gamera, ou même King Kong bien qu'il soit issu de la culture occidentale. Quant aux yôkai, ce sont des créatures issues de l'imaginaire folklorique japonais, tels que les kappa, les kitsune (renard en tant qu'esprit magique), ou encore les shôjô qui sont des esprits de mer ayant l'apparence d'orang-outan.
Dans tout les cas, et même si les deux types existent depuis bien plus longtemps, nous pouvons affirmer qu'une vague de succès s'est faite ressentir entre les années 1967 et 1969. Le point de départ de ce phénomène eut lieu le premier avril 1967 avec la série Ôgon Bat, diffusée à la même heure que Gokû no Daibôken.  Mais malgré cela, les deux séries finissaient par jouer sur le même plan. Par exemple dans Gokû, il y eut un arc intitulé « Yôkai Rengô Series », soit L'arc de l'alliance des Yôkai, à partir de l'épisode 22.


Cependant, la série majeure du phénomène « Yôkai Boom » est clairement GeGeGe no Kitarô.
Même si Shigeru Mizuki participait à quelques médias mineurs tels que le kamishibai (théâtre de papier) et le gekiga, il publiait aussi un manga mettant en scène le personnage célèbre de Kitarô dans le Shônen Magazine, à partir de janvier 1965. Mais à l'origine, ces histoires étaient racontées à la manière du kamishibai, par plusieurs narrateurs différents, et le titre était Hakaba no Kitarô. C'était dans les années 30. Cependant à partir du 7 mai 1967 et après 23 semaines de publication continue, le titre change pour GeGeGe no Kitarô. Cela coïncide une fois encore avec la diffusion de Ôgon Bat et l'arc de la série Gôku no Daibôken.
Tenter une telle approche est tout de même un peu gros de la part de Ôguro Yûichirô.


Un autre manga de Shigeru Mizuki pourrait attirer notre attention concernant les yôkai, il s'agit de Akuma-kun. Après avoir publié ce titre en tant que kashi-hon, il commence à le publier de façon irrégulière dans le Shônen Magazine à partir du 1er janvier 1966, entre des chapitres de GeGeGe no Kitarô. D'ailleurs, Akuma-kun est projeté en série avant Kitarô.
Akuma-kun est une série en prise de vues réelles de 26 épisodes, réalisée par Akira Kashima, entre autres. Celle-ci est diffusée entre le 6 décembre 1966 et le 30 mars 1967. En gros elle se situe peu de temps après le début du Yôkai Boom, tout en poursuivant les séries du genre tokusatsu telles que Ultraman et Magma Taishi. Pour cette raison, même si la série faisait apparaître des Yôkai, il y eu de nombreux épisodes avec des kaijû, ces monstres géants, tels que les épisodes 4, 5, 10, 16, 18 et 23. En fait, Akuma-kun marchait aux cotés de ces nombreux programmes tokusatsu en mettant en scène ces gros monstres, tout en adaptant le manga de Shigeru Mizuki.

 

Akuma-kun


D'autres part, en ce qui concerne la série Kappa no Sanpei Yôkai Daisakusen, diffusée entre le 4 octobre 1968 et le 28 mars 1969, toujours adaptée d'un manga de Shigeru Mizuki, elle mettait en scène d'autres yôkai, mais cette fois à taille humaine. Cette série se trouve être le point final du Yôkai Boom. C'est dire l'ampleur du succès de Shigeru Mizuki à cette époque. Que ce soit Akuma-kun ou encore Yôkai Daisakusen, elles eurent une grande influence sur les séries du département TV de la compagnie Tôei.


D'autres séries telles que Yôkai Ningen Bem et Dororo, se trouvent au cœur de ce boom, remplies de démons et de yôkai, elles prouvent ainsi l'étendu de ce phénomène que nous pouvons qualifier d'(in)expliqué.

Article précédent : 1967 : Comédie versus tokusatsu

Sources

http://animestyle.jp/2012/07/09/857/
http://mastersofmanga.com/2010/06/kashihonyavisit/
http://goldenani.blogspot.fr/2013/01/1968-man-and-machine-take-on-world.html
http://ja.wikipedia.org/wiki/ゲゲゲの鬼太郎
http://ritualscan2.free.fr/viewtopic.php?p=14256#p14256
Helen McCarthy. "Spooky Kitarō's Sixth Generation"
http://www.editionsdupasdelechelle.com/kamishibai.html
Manga Kamishibai - Du théâtre papier à la BD japonaise, Eric P. Nash, Frederick Schodt, Jean-Yves Cotté, Editions de la Martinière, 2009
Hommage d'Eiichirô Oda à propos de Kaibutsu-kun


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Comment se nomme l'attaque fétiche de Gokû dans Dragon Ball ? Cela ressemble au Hadôken de Street Fighter II. C'est aussi le nom des 5 premiers rois de Hawaii.



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